Trois pièges à éviter quand vous préparez une thèse

Certains travaillent en dent de scie : tantôt ils travaillent 12 heures d’affilée sur leur projet de thèse , tantôt ils ne font rien pendant des jours, parce qu’ils ont un emploi à côté, une famille – ou par manque d’organisation.  Or, préparer une thèse est un projet de longue haleine. Cet article vous donne des astuces pour bien doser votre énergie tout au long de votre recherche .

Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté.

Jean de La Bruyère

Trois pièges à éviter quand vous préparez une thèse

Piège N° 1 : le travail en dents de scie

Le travail en dents de scie est fréquent chez les doctorants qui ont un emploi ou une famille – ou les deux . Le week-end, ils sont libres, lisent ou écrivent 12h de suite, sans se reposer. Les jours suivants, ils ne font rien pour leur thèse, ayant d’autres obligations.

Puis le week-end arrive, à nouveau ils se lancent dans un marathon… et à nouveau ne touchent plus à leur thèse pendant plusieurs jours.

Résultat : quand ils reprennent leurs lectures ou leur rédaction, ils perdent un temps précieux à se remettre dans le bain après quelques jours d’interruption.

Reprendre le fil d’un travail abandonné plusieurs jours est laborieux; constater tout ce qu’on a oublié en quelques jours, alors qu’on était tellement concentré le week-end, est, à la longue, décourageant.

Peu à peu, sachant combien il faudra de temps pour retrouver le fil, la motivation diminue,  et se remettre au travail devient de plus en plus difficile quand le moment propice arrive.

Et puis, travailler trop longtemps sans pause est risqué : on est pris dans un état proche de l’ivresse, emporté par une vague d’inspiration – mais la concentration n’est pas inépuisable : la qualité de ce qu’on écrit risque d’être inégale. Aussi vaut-il mieux  se reposer de temps en temps afin de garder un état de concentration optimal.

Piège N° 2 : ne travailler que si on a toute la journée devant soi

Je croise souvent des doctorants qui me disent : si je n’ai pas 8h devant moi, je ne peux pas lire mes articles ou rédiger. Or, lorsqu’ils ont toute une journée, pour peu qu’ils analysent leurs activités de la journée heure par heure, ils s’aperçoivent qu’ils ont fait beaucoup de choses en parallèle (du rangement, de la recherche, surfé sur Internet, répondu aux divers messages, etc.).

En fin de compte, ils n’ont lu ou rédigé qu’une heure ou deux – en tous cas pas toute la journée.

Et dans ce cas de figure, entre les rares journées entières dont ils disposent pour travailler, ils ne font rien pour leur thèse, ni lecture, ni rédaction; les pauses entre deux journées de travail sont longues, propices à l’oubli – et rendent, dans ce cas aussi, la reprise laborieuse.

Et bizarrement, cette situation ne concerne pas uniquement des personnes qui travaillent à côté de leur thèse ou qui ont une famille. Beaucoup n’ont rien d’autre à faire que leur thèse. Et pourtant, ils n’ont pas le temps.

Piège N° 3 : interrompre le travail pendant plusieurs jours

Les interruptions d’un processus de travail conduisent fatalement à des pertes d’information.  Quand elles sont exceptionnelles, elles ne portent pas à conséquence.

En revanche, si elles se répètent continuellement, elles ont une incidence néfaste sur la capacité à travailler.

Ces interruptions peuvent être dues à une activité qui vous éloigne de votre projet de thèse (emploi, travail sur le terrain ou autre).

Mais elles peuvent aussi être dûes à l’éparpillement : un doctorat suppose plusieurs chantiers, et le fait de passer de l’un à l’autre de manière discontinue conduit à une vision morcelée du projet de recherche, accompagné souvent du sentiment d’avoir échoué à appréhender son sujet.

En général, on redouble alors d’efforts en multipliant recherches et lectures, sans pour autant avoir l’impression d’avancer. Au contraire : on finit par avoir l’impression de travailler pou rien.

Que faire si vous avez peu de temps à disposition pour votre thèse?

Tout comme les arrêts-départs continuels dans un embouteillage finissent par vider la batterie du véhicule, cette dynamique de stop and go pompe énormément d’énergie et vous vous épuisez.

Le remède à cette dynamique est la régularité : plutôt un peu tous les jours,  que rien souvent et beaucoup en une fois.

Attention, aménagez quand même une journée libre – si possible –  pour vous reposer vraiment.

Testez cette technique de gestion du temps : 25 minutes minimum, 3h maximum

Un peu tous les jours

Travaillez tous les jours à la rédaction de votre thèse, ne serait-ce que 25 minutes si possible : iI est important que vous gardiez le fil de ce que vous faites.

Même si vous n’avez pas beaucoup de temps – ou si vous n’avez pas envie de travailler – consacrez 25 quotidiennement à  votre projet (quitte à vous lever un peu plus tôt) : pendant ces 25 minutes, vous pouvez relire ce que vous avez écrit, dresser les grandes lignes de ce que vous allez écrire les jours suivants, relire vos notes, écrire ce que vous avez retenu du texte lu la veille (par exemple).

Même si ces tâches ne sont pas toutes décisives, elles vous permettent de garder le contact avec votre projet.

Parfois, vous aurez le temps et l’envie de continuer; d’autres jours, vous devrez vous arrêter là. Mais il vous sera plus facile de continuer le lendemain que si vous faites une longue pause.

Pas trop en une fois

Parfois, vous serez pris dans une vague d’inspiration et vous mettrez à écrire sans voir le temps passer ; arrêtez-vous au bout de 3h : en effet, au bout de 3h, vous n’êtes pas encore épuisé : vous pouvez faire une pause et vous alimenter; après quoi, vous aurez encore de l’énergie pour reprendre le travail.

L’idéal est de vous arrêter de travailler alors que vous avez encore des idées pour la suite. Ainsi, après votre pause, vous saurez immédiatement par où commencer.

Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est de travailler jusqu’à épuisement : il vous faudra beaucoup de temps ensuite pour récupérer. Vous en avez peut-être déjà fait l’expérience : vous écrivez dix-huit heures sans pause, pris dans une vague d’inspiration. Le lendemain, sauf si vous êtes sous pression, et donc sous adrénaline, vous êtes exténué et n’arrivez à rien produire. Il vous faut plusieurs jours pour récupérer. C’est ce rythme en dents de scie qu’il faut éviter – sauf évidemment si vous faites partie de ceux qu’il stimule, auquel cas cet article n’est pas pour vous.

Pensez à vous reposer

Soyez bien conscient que le repos n’est pas synonyme de perte de temps : d’abord, vous rechargez vos batteries; ensuite, pendant que vous vous reposez, votre cerveau inconscient continue de travailler. Il traite l’information, la digère. Lorsque vous reprenez votre travail, un certain nombre de choses auront été traitées sans même que vous ne vous en aperceviez.

Peut-être en avez-vous déjà fait l’expérience : vous êtes bloqué, et, dépité, vous abandonnez. Ou bien vous décidez de changer d’activité, peut-être que vous allez vous promener, ou bien vous faites le ménage, ou la sieste. Très souvent, le problème qui vous bloquait s’est résolu pendant que vous n’y pensiez pas.

L’effet Zeigernik : faites travailler votre cerveau pendant que vous faites autre chose

La psychologue russe Zeigernik, a montré qu’on se souvient mieux et plus longtemps des tâches restées inaccomplies ou inachevées que de celles qu’on a terminées. En effet, le problème à résoudre continue d’occuper la pensée.

C’est quelque chose qui m’arrive souvent avec le matériel informatique que j’utilise pour ce blog et mes formations en ligne : la technique ne m’a jamais intéressée et je la découvre depuis deux ans à peine.

Souvent, j’ai une panne : je ne vois pas comment résoudre un problème technique donné. Et plus je m’acharne dessus, plus il persiste. Autrefois, éreintée, je laissais tomber. Et le lendemain, soudain la solution m’apparaissait, limpide.

Aujourd’hui, devenue plus confiante, lorsque je suis bloquée, je décide d’aller faire un tour pour laisser reposer. Et la solution se présente, toujours.

La preuve en est ce blog, que j’ai construit de A à Z, non sans de nombreuses phases de désespoir, mais que j’ai construit, malgré tout – et grâce à de nombreuses phases de repos – forcées ou choisies.

Certains appliquent ce principe lorsqu’ils ont un blocage – d’autres systématiquement, quand ils travaillent : ils ne finissent pas le chapitre qu’ils sont en train de lire, ils s’arrêtent au beau milieu d’une phrase, laissant leur travail inachevé pour le reprendre le lendemain.

Pendant qu’ils se consacrent à d’autres activités – ou qu’ils dorment –  le cerveau continue à travailler, par exemple il continue à creuser une idée ou à ressasser un problème.

Le lendemain, leurs idées se sont clarifiées, des solutions pointent sans qu’ils aient fait d’efforts.

Et puis, il leur est plus facile de reprendre le travail le lendemain au point où ils l’ont laissé la veille.

Aussi, même si vous avez très peu de temps à consacrer à votre thèse durant la semaine, prenez au moins le temps d’écrire quelques lignes, de noter une idée, une question : il s’agit d’envoyer des stimuli à votre cerveau. Alors, celui-ci fera le reste.

Marina : une success story

Quand j’ai rencontré Marina à ma formation Rédigez votre thèse, elle avait 4 enfants en bas âge et était enceinte du cinquième. Elle avait en outre un travail à plein temps à l’université. Et une thèse qui attendait d’être terminée depuis deux ans.

Elle se demandait, évidemment, comment elle allait pouvoir la terminer.

Après la formation, elle a mis ces conseils en pratique. Tous les jours, sauf le week-end, elle consacrait 90 minutes à sa rédaction. Ni plus, ni moins.

Elle s’était aménagé une plage de temps où elle était tranquille et où il était interdit de la déranger. En 90 minutes, elle rédigeait, selon les jours, 2 à 3 pages. En cinq mois, sa thèse était bouclée, et ce sans stress ni nuits blanches.

Pour conclure

L’idée qu’une bonne thèse s’écrit dans la souffrance et qu’un bon doctorant ne vit que pour sa thèse est un mythe bien ancré dans certaines têtes – et que certains se plaisent à alimenter, pour des raisons diverses et variées.

Mais la souffrance n’est pas garante de qualité, pas plus que l’épuisement. Au contraire.

Plus vous êtes en forme, mieux vous réfléchissez, mieux vous mémorisez. Donc, tous les jours, aménagez des moments pour recharger vos batteries – faire du sport, de la musique, peindre… trouvez ce qui est pour vous une source d’énergie.

Dosez votre énergie  afin d’en avoir jusqu’au bout!

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  • 04/12/2016

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