Comment construire une argumentation solide?

Rédiger une thèse exige que vous exposiez votre propre position. Pour ce faire, il vous faudra l’étayez par des arguments, c’est-à-dire des preuves ou des raisons visant à démontrer la véracité d’un postulat ou à le justifier. Ces arguments vous permettent de tirer des conclusions qui convaincront le lecteur. Cet article vous donne des pistes pour rédiger une bonne argumentation.

Qu’est-ce qu’une argumentation?

Chaque argument constitue un maillon d’une chaîne, l’argumentation, qui, elle, mène à une conclusion. Comme les chaînons, ils se tiennent, s’articulent les uns aux autres ; si l’un fait défaut, la chaîne est rompue et l’argumentation, au mieux, boiteuse.

Une argumentation est comparable à une chaîne, dont chaque argument constitue un maillon. L’argument peut avoir diverses fonctions, il peut notamment

  • apporter une preuve destinée à étayer une proposition ou, au contraire, à l’infirmer, à la rejeter (l’argument « pour » et l’argument « contre »)
  • apporter une preuve destinée à établir la justesse ou la véracité d’une proposition
  • réfuter une proposition, en apportant un refus partiel ou total à un argument précédent
  • expliquer une notion, légitimer une position ou une décision, valider un résultat.

Le rôle d’un argument est de contribuer à convaincre le lecteur du bien-fondé d’une analyse, d’une interprétation, d’une démarche intellectuelle. Mais, quelle que soit sa fonction, il reste un élément de la chaîne : il se doit donc de rester en cohérence avec les autres arguments, et servir des intérêts convergents, c’est-à-dire, aller dans le même sens.

Attention : une erreur récurrente dans les manuscrits de thèse est le manque de conclusions ponctuant une chaîne d’argumentation : on voit une liste d’arguments, bien étayés – mais l’auteur ne tire jamais de conclusion. Pensez à tirer les conclusions de vos argumentations !

Comment préparer une argumentation ?

La construction d’une argumentation obéit toujours à un objectif, lequel décidera de la démarche que vous suivrez. Cette démarche devra être construite de manière logique et convaincante.

Voici ci-dessous quelques questions qui vous permettront de préparer votre argumentation. Celle-ci peut, selon ce que vous écrivez, tenir sur deux pages ou faire l’objet de tout un chapitre.

Point de départ : (par exemple : hypothèse, thèse à démontrer, question à débattre).

 

1. Quel est l’objectif de votre argumentation?

 

2. A quel(s) objecteur(s), réel(s) ou fictif(s) voulez-vous vous adresser?

 

3. Quelles idées, propositions, pourraient constituer des arguments pour étayer votre argumentation? (Notez toutes les idées qui vous viennent à l’esprit, vous pourrez les trier ensuite).

 

4. Quels sont les objections, les arguments contraires qui pourraient réfuter les arguments ci-dessus? (Notez-les tous, vous les trierez ensuite).

a.

b.

c.

5. Quels exemples vous viennent à l’esprit pour conforter quel argument?

a.

b.

c.

6. Considérez les arguments en point 3 : quels sont ceux que vous ne voulez pas garder (barrez-les) – et quels sont ceux que vous voulez garder  (soulignez-les)?

a.

b.

c.

7. Dans quel ordre voulez-vous les traiter?

 

9.   Quelles conclusions tirez-vous de votre argumentation ?

 

7 conseils pour la construction de votre argumentation

  1. Etayez vos propos par des preuves.
  2. Utilisez des exemples à titre d’illustration, mais jamais à la place d’un argument.
  3. Ayez toujours à l’esprit un contradicteur et dialoguez intérieurement avec lui : vous imaginerez ainsi les arguments les plus solides pour conforter vos propos. Car une argumentation a d’autant plus d’effet que la position adverse sera exposée équitablement et réfutée avec des contrarguments, c’est-à-dire des énoncés qui renforcent la thèse contraire.
  4. Lorsque vous faites la liste de vos arguments, pensez à un objecteur, fictif ou réel, qui défend une position à l’opposé de la vôtre. Imaginez les objections qu’il pourrait apporter à chacun de vos arguments, comment il pourrait les étayer. Prêtez-lui votre plume, laissez-le s’exprimer par votre truchement. Et réfléchissez à la manière de défendre vos arguments contre les siens.
  5. Lorsque vous avez écrit votre texte, relisez-le en vous mettant dans la peau d’un contradicteur, aussi critique et méchant que possible. Quelles objections, quelles critiques apporterait-il à votre texte ? Ici aussi, laissez-le s’exprimer – et retravaillez éventuellement votre texte en prenant compte des objections qu’on pourrait vous faire.
  6. Mieux : demandez à un tiers de lire votre texte en jouant le rôle de l’objecteur et de noter ses objections, ses questions, ses réserves.
  7. Si l’un ou l’autre de vos arguments vous paraît fragile, demandez-vous : quels sont ses points faibles ? Comment les renforcer – sans que l’argumentation ne soit « tirée par les cheveux » ? S’il est trop faible, il vaudra mieux y renoncer et en trouver un autre.

C’est en imaginant un dialogue avec un contradicteur que les points faibles de vos arguments pourront vous apparaître le plus clairement. Aussi prenez le temps pour ce dialogue intérieur, pour construire et renforcer vos arguments. Si vous ne le faites pas, grand est le risque qu’un contradicteur réel mette à bas une argumentation chancelante.

Comment structurer une argumentation?

Une argumentation a la forme d’une chaîne. Elle est d’autant plus convaincante que tous les arguments – et contre-arguments sont traités équitablement; il faut éviter de consacrer des pages, des exemples, des explications nombreuses pour un l’argument A1 et de bâcler l’argument A2 en deux lignes.

Utilisez un schéma pour bien préparer une argumentation solide. En voici un exemple :©MBN

Cette structure résulte de l’analyse d’un texte scientifique. Si elle ne vous inspire pas, c’est très simple : choisissez un texte argumentatif bien construit, dans votre discipline, et analysez-le de cette manière.

L’erreur à éviter

Une erreur typique dans les manuscrits de thèse (ou d’articles) est l’absence de conclusion. Les arguments s’enchaînent les uns aux autres, illustrés d’exemples, de citations… mais jamais le candidat ne tire de conclusion. Soit parce que celle-ci lui semble tellement évidente qu’il lui semble inutile de l’expliciter… soit parce que celle-ci représente un risque : en effet, c’est dans cette partie qu’on tire les conclusions de ses analyses, donc qu’on prend position et qu’on se met en avant. Refuser de tirer des conclusions par peur de se tromper n’est pas acceptable. Ayez le courage de vos idées : tirez des conclusions – et si vous êtes incertains, souvenez-vous des possiblitiés que vous offre la langue : vous pouvez recourir au conditionnel ou montrer que vos conclusions sont des suggestions. Ce qui importe, c’est de ne pas obliger le lecteur à tirer lui-même les conclusions de vos arguments.

 

Comment rédiger un texte argumentatif?

Vous avez préparé votre argumentation avec les questions dans l’exercice précédent. Vous voulez maintenant construire votre texte. Comment procéder?

Vous savez, grosso modo, quels arguments vous allez utiliser. Choisissez un modèle – le schéma ci-dessus, par exemple.

  1. Dessinez une case pour chacun
  2. Inscrivez chaque argument dans une case
  3. Vérifiez constamment la qualité de votre argumentation, son fil logique, la solidité de la chaîne. Donnez-vous le temps d’en tester la solidité (choix judicieux des illustrations et des exemples, entre autres).

Il va de soi que, lors du travail de rédaction, vos pensées se construiront, se préciseront et peut-être votre schéma initial sera-t-il changé. Qu’à cela ne tienne. Considérez-le comme un support, comme un point de départ, qui vous servira à vous faire une idée claire de la démarche à adopter, à contrôler l’équilibre de votre argumentation, à être sûre d’avoir traité chaque argument de manière équitable – et, chose importante : pensez à conclure après chaque argument.

 

Pour conclure

Votre thèse expose une position : la vôtre. Afin d’être crédible, acceptable, légitime, il convient de l’étayer avec une argumentation solide. Vous avez le droit de croire et de penser tout ce que vous voulez. Mais il faut expliquer pourquoi. Prenez du temps pour construire vos argumentations, c’est une partie souvent ardue à rédiger – mais elle est essentielle pour convaincre votre lecteur.

Bon succès!

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  • 08/07/2017

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