Elaborez une stratégie de travail en trois étapes

Préparer une recherche doctorale n’est pas un chemin tout tracé. Vous avez des compétences à développer dans différents domaines : outre une expertise dans le votre, qui requiert sans doute des compétences interdisciplinaires; mais également des compétences organisationnelles, des compétences en lecture, des compétences en rédaction, des compétences relationnelles – et j’en passe. En fait, vous apprenez un nouveau métier. Pour beaucoup, il en résulte le sentiment d’être submergé : par quel bout prendre le travail? Cet article vous propose une technique simple pour vous organiser en vous concentrant sur l’essentiel et ne pas perdre le fil en vous dispersant dans des tâches secondaires.

Commencez par la fin

Toute stratégie a pour point de départ un objectif. Si je ne sais pas ce que je veux atteindre, je ne peux pas élaborer de stratégie adaptée. Je peux travailler au petit bonheur la chance – avec un peu de chance, j’arriverai quelque part. Avec un peu de malchance, j’y arriverai après avoir perdu beaucoup de temps. Avec un peu plus de malchance, je tournerai en rond jusqu’à épuisement.

Particulièrement pour un travail de longue haleine tel que la préparation d’une thèse, il est important d’avoir des objectifs mensuels, hebdomadaires, quotidiens.

Voici une méthode pour organiser vos tâches afin d’atteindre vos objectifs dans les meilleures conditions.

ETAPE 1

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Choisissez un carré de papier d’une couleur donnée (disons: rose) notez votre objectif final. Par exemple : le 31 juillet, mon chapitre méthodologie est rédigé.

Il faut que l’objectif final soit aussi précis que possible. Evitez un objectif tel que “le 31 juillet, j’aurai avancé dans la rédaction de ma thèse” : que veut dire avancer? Ecrit une page? Un paragraphe? Un chapitre? Imaginez concrètement ce que vous voulez pouvoir dire à une date donnée.

ETAPE 2

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Sur d’autres carrés roses (par exemple), notez les grands objectifs à réaliser pour atteindre votre objectif le jour J. Un objectif intermédiaire, un carré.

En haut à droite, placez l’objectif final que vous voulez atteindre à la fin du semestre, par exemple (donnez-vous une échéance concrète).

Puis déroulez le travail à faire en partant de la fin: quel objectif intermédiaire devez-vous avoir accompli pour atteindre cet objectif final? Placez-le en-dessous de lui.

Et puis continuez : quelle objectif intermédiaire devez-vous accomplir pour atteindre l’objectif qui précède? Placez le carré immédiatement en-dessous. Et ainsi de suite.

Vous avez donc une colonne de carré de papier roses comportant les étapes (chaque étape étant un objectif intermédiaire) à parcourir pour atteindre l’objectif final.

Pourquoi dérouler le programme à faire par la fin? Parce que pour chaque objectif, vous vous demandez ce que vous devez absolument réaliser auparavant pour pouvoir l’atteindre. Il arrive souvent, dans un travail aussi complexe qu’une recherche doctorale, qu’on oublie des points cruciaux; on ne s’en aperçoit qu’au moment de vouloir réaliser une tâche.

ETAPE 3

Une fois établie la liste des étapes principales à atteindre, vous pouvez faire la liste des tâches à accomplir pour réaliser l’objectif intermédiaire 4 (OI4).

Utilisez une autre couleur.

A nouveau, faites le travail à reculons. Placez à gauche de OI4 la tâche à réaliser pour atteindre O14. Et à gauche de ce carré, ce qu’il faut faire afin de pouvoir réaliser la tâche précédente.

  • Vous pouvez jouer avec les couleurs : ici, j’utilise l’orange pour les tâches déjà réalisées (par exemple, les tableaux sont faits), le vert pour ce qui est à faire (les tableaux doivent être analysés).
  • Vous pouvez aussi noter sur chaque carré de papier le temps que vous estimez pour réaliser la tâche correspondante. Il arrive qu’on sous-estime la durée d’un travail. On croyait qu’il durerait une heure, et il prend la journée. Le fait de noter la durée estimée pour une tâche vous permet de vérifier le réalisme de votre planning. Et de le corriger si vous vous apercevez en cours de route que vous avez besoin de plus de temps que prévu.

Si vous avez des réticences à gaspiller du papier, utilisez du papier brouillon – les universités en sont, hélas, de grandes productrices. Si vous ne disposez pas de feuilles de couleurs, prenez du papier blanc et utilisez des feutres de couleurs différentes afin de distinguer les tâches les unes des autres (une couleur, un type de tâche). Utiliser du papier brouillon n’est pas seulement un geste pour la planète : c’est, pour des esprits perfectionnistes, un excellent stimulant pour forger des idées qui ne seront pas parfaites d’emblée

Car il faut être bien conscient que l’idée ne naît pas parfaite d’emblée, mais que la perfction résulte de nombreuses tentatives et perfectionnements.

 

Les avantages de cette technique de visualisation

Grâce à cette technique, vous avez une bonne vue d’ensemble sur toutes les tâches à réaliser. Il se peut qu’entretemps vous constatiez que vous aviez oublié quelque chose. Ajoutez-le. Ou bien vous vous apercevrez qu’une des tâches prévues est superflue. Retirez-la. Peut-être aurez-vous envie d’intervertir deux tâches. Alors, faites-le. N’hésitez pas à expérimenter. Si vous avez différentes options, testez-les toutes et photographiez chacune, afin de pouvoir choisir la meilleure.

Une fois toutes les tâches à accomplir dans le mois sur la liste, vous pourrez décider de la manière dont vous organiserez votre travail pendant les semaines à venir : quel est le carré qui constitue l’objectif de la semaine? Ce peut être le rose comportant l’objectif intermédiaire 1, mais ce peut être aussi, si on regarde le graphique ci-dessus, le 3ème carré – deux tâches sont réalisées : ce sont mes tableaux; mais je sais que les commenter va me prendre beaucoup de temps, donc je me donne la réalisation de ce carré vert comme objectif à atteindre cette semaine.

Une astuce pour vous motiver

Lorsque vous avez achevé une tâche, ne la jetez pas telle quelle : réservez une espace sur votre plan Terminé!!!

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Chaque fois que vous terminez une tâche, placez-y le carré de papier correspondant.

Cette action a plusieurs fonctions : Vous prenez conscience des avancées de votre travail. Or cette prise de conscience est fondamentale lorsqu’on mène un travail de longue haleine telle qu’une thèse : on tend plutôt à considérer ce qui reste à faire que le chemin accompli. Voir cet espace se remplir met du baume au cœur et motive à continuer.

Aussi, chaque fois que vous placez un carré dans l’espace Terminé!!!, fermez les yeux, inspirez profondément et auto-félicitez-vous. Cette auto-félicitation est particulièrement importante pour ceux et celles qui tendent à l’autoflagellation à chaque fois qu’un objectif n’est pas atteint, ou pas assez bien, ou pas assez vite.

Ces autoflagellations n’apportent rien, minent le moral et découragent.

Les autofélicitations, au contraire, font du bien et motivent à continuer. Faites le test pendant une semaine!

 

 Comment formuler des objectifs clairs?

Un objectif sera d’autant plus aisé à réaliser qu’il aura été formulé clairement. Or il arrive souvent, quand on n’a pas l’habitude de définir des objectifs, qu’on confonde tâche et objectif. On se donne par exemple pour objectif de lire 3 textes par semaine. En général, ce genre d’objectif (qui n’en est pas) n’est pas atteint : le résultat attendu au terme de ces lectures n’est pas clair. Une liste de choses à faire est difficilement réalisable si elles ne sont pas dirigées vers un objectif.

  • La tâche répond à la question quoi?
  • L’objectif répond à la question pour quoi?

Si j’écris : je veux lire 3 articles, je parle en termes de tâches (je veux lire quoi?). Si je dis : je veux lire 3 articles pour expliquer l’évolution de la méthode M, je m’exprime en termes d’objectif  (je veux lire pour quoi?).

En formulant le pour quoi ? de vos tâches, vous faites un premier tri. Dans l’exemple ci-dessus, si je définis le pour quoi?  de mes lectures (mes objectifs de lecture) , je vais me concentrer sur  les textes qui vont m’aider à  atteindre l’objectif “expliquer l’évolution de la méthode M”, par exemple. Les autres textes sur ma liste à lire seront laissés de côté.

Savoir formuler des objectifs clairs est essentiel pour organiser la multitude de tâches à faire et progresser dans une économie de temps et de moyens. Si le monde de l’entreprise l’a bien compris, la formulation d’objectifs est, bizarrement, rarement enseignée à l’université.

 

1 objectif, 1 phrase, 1 verbe

Pour formuler un objectif clairement, il faut aussi construire une phrase claire.L’objectif est introduit par un verbe : mon objectif est de poster cet article à 13 h. Or, si j’ai plusieurs verbes (mon objectif est d’écrire cet article, de l’illustrer, de trouver un titre et de le poster à 13h), je mélange différents objectifs ou plutôt, je mélange objectif principal et objectifs secondaires :

  1. faire un plan
  2. écrire cet article
  3. trouver des illustrations
  4. le poster à 13h.

1., 2., 3., sont des objectifs intermédiaires qui me permettront d’atteindre mon objectif final (4.).
Chaque objectif intermédiaire constitue une étape que je dois réaliser pour passer à l’étape suivante.

Donc : la spécificité de votre objectif exige que vous le formuliez en une phrase courte (25 mot maximum), avec un seul verbe.

Si vous avez un enchaînement de phrases introduites par des verbes, demandez-vous : quel est l’objectif final? Quels sont les moyens pour l’atteindre?

Un objectif doit être réaliste

La formulation de l’objectif est primordiale, mais le réalisme aussi. Tenez compte de votre réalité. Gertrude, doctorante en géographie, a toujours Rédiger ma thèse dans son planning hebdomadaire. Mais elle n’écrit pas. Voici un exemple type de sa formulation d’objectif : Mon objectif est de rédiger mon chapitre 1 et aussi de préparer le colloque du labo.

Nous sommes face à deux options :
• ou bien les deux objectifs sont liés : ou bien la rédaction du chapitre aide Gertrude à préparer le colloque, ou bien le colloque lui permet de rédiger son chapitre; dans ce cas, l’un est l’objectif final, l’autre l’objectif intermédiaire qui y mène et tout va bien.
• ou bien Gertrude a deux objectifs parallèles : et rédiger son chapitre, et préparer le colloque.
L’un des deux va sans doute passer à la trappe. Il vaut mieux alors se donner un objectif, unique, quitte à renoncer consciemment à l’autre (ma priorité est l’organisation du colloque. Je renonce donc de mon propre chef à la rédaction pour cette semaine : ça m’évitera de me désoler sur le fait que, encore une fois, je n’ai pas pu atteindre mon objectif qui était pourtant de rédiger)… ou bien mon objectif prioritaire est ma rédaction, et dans ce cas, je me donne les moyens de l’atteindre ( discuter avec le directeur, déléguer, etc).

Ce qu’il faut éviter, c’est de vouloir atteindre deux objectifs en parallèle : on ne peut pas courir deux lièvres à la fois, dit le proverbe. Et ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est de se donner des objectifs que l’on n’atteindra pas à cause de facteurs extérieurs; il est facile alors de se poser en victime (j’aimerais bien, mais je n’ai pas pu à cause de...).
Dans le cas de Gertrude, si elle décide consciemment chaque semaine de donner la priorité à autre chose qu’à sa rédaction, au lieu que ça se passe malgré elle, elle devra réagir : ou bien décider de donner la priorité à sa thèse, et donc laisser de côté les autres activités – ou bien y renoncer pour le moment. Il faut éviter de se tromper soi-même. Ca peut donner bonne conscience, l’impression que si le monde était différent, on pourrait faire sa thèse. Mais ça relève en fait de l’auto-sabotage.

En conclusion

Pour réussir votre thèse dans une économie de temps et de moyens, il vous faut une stratégie de travail appropriée, qui tienne compte de vos obligations et des aléas de la vie.

Le premier pas consiste à définir un objectif, puis à réfléchir au meilleur moyen pour l’atteindre.

Ce faisant, vous baliserez le chemin qui vous mènera au résultat escompté. Vous avancerez alors de balise en balise – et si vous décidez de changer de balise, ou d’objectif, cela résultera de votre décision consciente.

Et vous décidez vous-même : c’est vous qui commandez les manœuvres.

C’est à vous!

N’hésitez pas à écrire un commentaire ci-dessous si vous pensez que cet article peut être utile à d’autres doctorant(e)s!

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  • 27/05/2017

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