Prenez des notes de lectures correctement – les règles de base pour éviter le plagiat

« J’ai commencé à écrire Le Pays qu’habitait Albert Einstein il y a maintenant plusieurs années. J’ai pris beaucoup de notes de lecture et, en les intégrant à l’ouvrage, j’ai pu oublier qu’elles provenaient d’autres auteurs et croire qu’elles étaient de moi », explique Etienne Klein, accusé de plagiat dans l’Express du 30 novembre 2016. Cet article n’a aucunement pour objectif de discuter de la polémique soulevée autour de cette affaire, mais plutôt de réfléchir sur la facilité  avec laquelle le plagiat peut arriver, à votre insu. Et de vous proposer des mesures à prendre afin d’éviter ce problème.

Car le phénomène que décrit Klein est banal : vous lisez des textes, vous prenez des notes, et vous finissez par faire vôtres des idées lues ici ou là. Vous les reproduisez, vous en attribuant la paternité, en toute innocence – et vous vous voyez accusé(e) de plagiat.Si ce phénomène est humain, la communauté scientifique est cependant  très chatouilleuse sur la question du plagiat; aussi vaut-il mieux prendre des précautions afin d’éviter de présenter comme vôtres des idées empruntées à d’autres.

Si le plagiat frauduleux résulte d’une intention de tromper, le plagiat non-frauduleux, lui, résulte souvent d’un manque de méthode : souvent, les notes de lecture sont prises rapidement. Quand on les écrit, tout est clair; mais quand on les relit, parfois plusieurs années plus tard, l’auteur de certaines idées n’est plus si évident.

C’est pourquoi le risque de plagiat ne commence pas lors de la rédaction de la thèse, mais bien en amont : dès la première année de thèse, lors de la prise de notes de lecture. Aussi est-il essentiel de rédiger des fiches de lecture rigoureusement. Comment faire?

Rendez à César ce qui est à César

La façon dont chacun(e) prend des notes est très personnelle. Ce qui primordial, néanmoins, c’est de distinguer clairement :

  • le texte propre de l’auteur – cité entre guillemets, et ce déjà sur vos fiches de lecture;
  • la pensée de l’auteur reformulée par vous – paraphrase, introduite par un méta-commentaire comme par exemple « Dubois affirme que », « selon Dubois  », « dans son analyse, Dubois a montré que… »;
  • votre commentaire personnel.

fotolia_20404454_subscription_monthly_m-minDe même lorsque vous rédigerez votre travail, veillez à ce que cette distinction soit claire : il faut que le lecteur puisse immédiatement savoir : qui parle ? Vous en votre propre nom ? L’auteur, paraphrasé par vous ? L’auteur lui-même, cité par vous ?

En différenciant rigoureusement ces trois points lors de la prise de notes, vous éviterez des confusions qui pourraient vous faire suspecter de plagiat.

Comment rédiger des fiches de lectures efficaces quand on prépare une thèse?

Voici quelques suggestions pour rédiger des fiches de lecture de manière à pouvoir les utiliser sans encombre lorsque vous rédigerez votre thèse.

Plutôt que d’écrire des phrases pêle-mêle, une grille – celle présentée ci-dessous ou une autre – est d’une grande aide : vous retrouvez facilement ce que vous cherchez, le moment venu. Et puis, vous faites d’emblée la distinction entre les différentes catégories de texte : citation, paraphrase ou commentaire personnel.

Mots-clés (ne recopiez pas automatiquement ceux de l’auteur; notez les mots-clés qui correspondent à votre propre compréhension du sujet) :
Auteur(s) :                                                  Titre :
Edition, lieu et année de parution :
Eventuellement, titre du passage avec numéro des pages :
Emplacement du texte – si bibliothèque, cote :
Date de lecture du texte (afin de savoir si entretemps votre compréhension du sujet s’est modifiée au point d’exiger une nouvelle lecture du texte) :
Sujet général  :
Sujet spécifique :

RESUME

Problème traité :
Hypothèse(s) :
Méthodologie utilisée :
Résultats obtenus :
Conclusions :
Arguments clés :
Figures / tableaux /illustration importants pour votre travail (brève description et numéro de page) :

CITATIONS

Phrase(s) (A recopier exactement et à placer entre guillemets     : « ……………….. »           Numéro de page :
Vous éviterez ainsi, plus tard, de croire que cette phrase est de vous)
VOS PENSEES
Commentaires personnels :
Questions qui restent ouvertes ou que le texte provoque en vous  :
Similitudes entre ce texte et d’autres travaux dans ce domaine :
Différences entre ce texte et d’autres travaux dans ce domaine :
Utilité pour votre travail (Ce texte est-il  primordial, secondaire, peu intéressant pour vous ? Quel rôle jouera-t-il dans votre travail ? Celui d’un argument, d’une illustration, d’un élément de comparaison… ?)
Partie de votre travail où vous pensez traiter ce texte : (si vous avez déjà un plan ou une idée de plan, vous avez sans doute une idée de la section où vous voulez exploiter ce texte. Si vous ne le savez pas encore, laissez cette case en blanc. Vos idées se préciseront au fur et à mesure que vous avancerez dans vos recherches.  Pensez à y revenir lorsque votre plan sera fait : vous pourrez ainsi ranger votre matériel dans l’ordre dans lequel vous souhaitez le présenter. Mieux vous vous organiserez en amont, plus aisée sera la rédaction de votre thèse.)

Cette grille est un exemple parmi d’autres. A vous de l’adapter à votre discipline et à vos besoins. Pensez à jeter un coup d’œil de temps à autre sur vos notes, afin de les mettre à jour ou de les compléter.

Attention : il n’est pas nécessaire, pour chaque texte, de remplir toute la grille. Parfois, vous serez intéressé(e) uniquement par la question centrale et sa réponse, ou bien par quelques arguments, ou encore quelques citations.

Je vous invite à regarder cette vidéo afin de bien comprendre la nécessité des différentes rubriques – quitte à adapter ensuite ces pistes à votre champ de travail.

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notes ordonnéesSi vous n’avez pas l’habitude de prendre systématiquement des notes de lecture, ce travail vous semblera peut-être chronophage. Il demande, en effet, du temps.

Mais ce n’est pas du temps perdu : c’est un investissement dont vous vous féliciterez lorsque vous rédigerez votre thèse.

Bien saisies, vos notes organisent et synthétisent vos données en vue de vos travaux de rédaction : elles contiennent toutes les informations nécessaires à la préparation de votre manuscrit; celle-ci consistera en grande partie à présenter le contenu de vos notes dans un ordre donné, sans besoin d’autre support.

Comment mémoriser vos  notes ?

Attention : lire, prendre des notes, c’est bien – mais ça ne suffit pas pour mémoriser un contenu. Si vous reteniez tout ce que vous faites, entendez, lisez au cours d’une journée, vous deviendriez fou, ou folle. Votre cerveau retient d’abord ce que vous utilisez. Ce qui n’est pas utilisé s’efface. L’oubli est nécessaire à une bonne santé mentale.

Doctorante parlant à son cactusAussi, pour vous approprier le contenu de vos lectures, il vous faut l’utiliser : par exemple, parlez-en (dans un cours, ou à vos collègues. Si personne n’est disponible, racontez-les à votre poisson rouge ou à votre cactus).

Vous pouvez aussi rédiger des textes (qu’avez-vous retenu – sans consultation préalable de l’original – du texte lu la veille? Du texte lu la semaine dernière?).

Habituez-vous à mentionner le nom des auteurs de telle ou telle idée, afin de les restituer rigoureusement lorsque vous rédigerez.

Une astuce si vous avez une mémoire visuelle :  vous retenez plus facilement les visages que les noms? Collez une photo de l’auteur sur votre fiche de lecture. Visualisez le visage lorsque vous récapitulez le contenu de vos fiches. Ca vous aidera à relier une pensée à son auteur.

Relisez vos notes, inspirez-vous en  pour rédiger des textes : vous pourrez ainsi approfondir votre réflexion, découvrir de nouvelles questions, faire le point, relier vos lectures les unes aux autres.

Peut-être pouvez-vous fonder un club de lecture avec d’autres doctorants : une fois par semaine, ou par mois, retrouvez-vous pour faire un compte-rendu de vos lectures, voire en discuter. A vous de décider si les autres participants auront lu le texte, ou pas; à vous de décider aussi du temps accordé à chacun, au nombre de personnes qui feront un compte-rendu par soirée. A vous de déterminer également la manière dont vous voulez assurer l’animation – si vous en avez besoin.

En tous cas, cet exercice vous oblige non seulement à bien mémoriser le contenu, mais le fait de le dire, d’en discuter, vous aidera à développer des idées nouvelles, ou à considérer le texte sous un angle différent.

L’erreur à éviter quand on prépare une thèse

Nombreux sont les doctorants qui ne prennent pas de notes, ou les prennent à la va-vite, se disant qu’ils se pencheront sérieusement sur leur littérature au moment de rédiger.

D'où vient cette idée?

Hélas, quand le moment de la rédaction arrive, ils n’ont plus la tête à lire, comprendre, disséquer l’information. Dans l’urgence, ils recourent au copier-coller.

Parfois ils perdent un temps précieux à essayer de retrouver  la source de « la » petite phrase… ou bien ils omettent tout simplement les références, en espérant que le lecteur ne s’en apercevra pas.

Ne prenez pas ce risque. Donnez-vous du temps pour rédiger soigneusement vos fiches de lecture. Distinguez nettement vos propos personnels de ceux de l’auteur; pensez à utiliser les guillemets dès que vous recopiez une phrase mot pour mot. C’est la première mesure à prendre pour éviter des confusions qu’un lecteur pointilleux pourrait qualifier de plagiat.

Je vous souhaite un bon travail!

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  • 05/12/2016

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