Faut-il se donner une longue échéance pour rédiger sa thèse?

Une échéance trop longue peut vous amener à perdre du temps : en effet, plus on a du temps pour une tâche… plus sa réalisation dure longtemps. Préférez les échéances courtes – mais bien sûr réalistes – pour un travail efficace et concentré. Cet article vous explique pourquoi.

Gédéon s’est donné un an pour rédiger sa thèse

Tout semblait bien s’annoncer : Gédéon, doctorant en 5ème année d’histoire, avait un an pour finir sa thèse. Pour mettre toutes les chances de son côté, il a décidé de prendre une année sabbatique. Ses économies lui permettraient largement de tenir douze mois.

Pour avoir un maximum de temps, il a annulé tous ses rendez-vous pour l’année : il a quitté la chorale, mis un terme à ses cours de piano, sorti du club de football où il jouait.

Maintenant, il avait toute une année à consacrer entièrement à sa thèse.

Le premier mois, il a d’abord voulu profiter de cette incroyable liberté. Le deuxième, il a cherché son rythme : suis-je plutôt du matin ? Du soir ?

Il ne savait pas comment aborder sa thèse. Par où commencer la rédaction ? Comment traiter la masse d’informations accumulées ? Comment rédiger un texte personnel tout en intégrant les spécialistes de la question ?

Chaque décision était remplacée le lendemain par une autre. Le travail n’avançait pas. Gédéon se mit à déprimer. Il engloutissait des tablettes de chocolat, des chips, des sodas – en 6 mois il avait pris 10 kilos.

Quand trop de temps pour la thèse angoisse
©Pascal Huot

Il se sentait épuisé de ne rien faire de productif et dormait beaucoup – mais mal. Toute action prenait des dimensions incommensurables.

Au 10ème mois, comprenant qu’il n’avait plus que 8 semaines pour rendre sa thèse, Gédéon s’est mis au travail. Dans un chaos total, il s’est mis à écrire, jour et nuit, sans presque plus dormir ni manger.

Il n’avait pas le temps de se relire.

Il a rendu sa thèse dans les temps. Un texte de qualité médiocre dont il avait honte.

Il était en colère contre lui-même, s’en voulant d’avoir ruiné tant d’années de travail consciencieux par manque d’organisation.

Si seulement je m’y étais pris autrement….

Une trop longue échéance est néfaste

Le lièvre et la tortue  en sont un témoignage, pour citer La Fontaine : le lièvre, sûr de son avance, flâne jusqu’au dernier moment. Le sprint final ne lui permet pas de rattraper la tortue, qui sort victorieuse de leur pari.

Plus on a de temps, plus on en prend pour accomplir une tâche. Plus précisément : plus on a de temps, plus on se laisse distraire, plus on se perd dans des détails inutiles.

Quand au contraire le temps vient à manquer, on est généralement d’une efficacité redoutable : on est concentré, on va à l’essentiel – et on finit ce qui trainaît depuis des semaines.

Pour ma part, je m’étonne toujours de tout ce que réussis à terminer avant de partir en voyage.

Le travail s’étale de façon à occuper le temps disponible pour son achèvement.

Cyril Northcote Parkinson

Avoir trop de temps n’est pas garantie de succès, au contraire.

  • Avoir trop de temps peut vite être angoissant : il faudra tenir pendant une très longue période, qui s’annonce monotone au vu de ce qu’on veut faire.
  • Avoir trop de temps peut donner l’illusion de liberté : la conséquence en est un manque de cadre. Or on a besoin, surtout lorsqu’on rédige  sa thèse, d’une journée structurée : des moments de travail, mais aussi des moments de repos ; des moments de solitude, mais aussi des moments d’échange. Gédéon aurait mieux fait de continuer à chanter dans la chorale, à pratiquer le piano et à jouer au football. Ces rendez-vous lui auraient donné un cadre, le changement d’activité l’aurait détendu, et rechargé ses batteries.
  • Avoir trop de temps ouvre sur l’ennui : il est impossible de se concentrer pendant une année sur une seule activité. Alors on cherche des distractions, sans se les autoriser vraiment. Résultat : procrastination , culpabilité, honte, colère contre soi – rien de constructif à un moment où on a particulièrement besoin d’être en confiance.

Bref : une tâche prend le temps qu’on lui accorde. Vous en avez sans doute fait l’expérience : si vous vous donnez deux jours pour ranger votre bureau, il vous faudra deux jours. Si vous vous donnez  quinze minutes, il sera rangé en 15 minutes.

Fixez-vous des échéances plus brèves que possible

Ne vous donnez pas trop de temps pour rédiger votre thèse : préférez vous donner une échéance plus courte que celle qui est possible – bien sûr, fixez-vous une échéance réaliste. Si vous n’avez pas fini dans le temps imparti, vous pourrez vous en fixer une nouvelle.

En vous donnant une échéance plus courte,

  • vous exploitez le temps disponible davantage que si vous avez trop de temps
  • vous travaillez de manière concentrée
  • la proximité de la date est sécurisante, contrairement à une date trop éloignée, qui peut angoisser
  • si besoin est, vous aurez le temps de vous relire et de peauffiner le texte sans pression
  • vous pourrez passer à autre chose le coeur léger une fois le travail terminé.

Attention : ne vous comparez pas aux autres. Un mois pour une mère de famille ayant un travail à temps plein et une thèse à rédiger n’est pas le même qu’un mois pour une doctorante qui n’aurait « que » sa thèse à rédiger.

En bref : ne vous donnez pas des échéances trop éloignées pour effectuer une tâche importante comme la rédaction de votre thèse.

Vous ne serez pas forcément plus efficace. Pire : vous risquez de perdre beaucoup de temps, de l’énergie – et dans le pire des cas, comme le lièvre de la fable, ne pas atteindre le but dans les temps.

Plutôt une échéance moyenne que vous prolongerez si nécessaire qu’une échéance trop longue.

  • 10/10/2019

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