Halte à l’éparpillement : une stratégie en 3 étapes pour préparer votre thèse

Préparer une recherche doctorale comporte le risque de l’éparpillement : tant de livres sont intéressants, tant d’expériences, passionnantes… Si butiner tous azimuts est nécessaire au début, cette dispersion peut vite épuiser, voire décourager.  Cet article vous propose une technique de visualisation pour une stratégie de travail efficace.

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Visualisez votre cheminement en commençant par la fin

Votre travail de thèse vous confronte à une masse d’informations, de tâches, de résultats à traiter. Cette masse devient vite angoissante si vous vous intéressez  à tout. Force est de faire des choix afin de ne pas vous éparpiller.

Force est de vous donner une stratégie de travail.

Toute stratégie a pour point de départ un objectif. Le stratège a une vision claire de ce qu’il veut atteindre. Une fois cette vision déterminée, alors il va pouvoir mettre en place le cheminement qui va le conduire à sa réalisation.

Si je ne sais pas ce que je veux atteindre, je ne peux pas élaborer de stratégie adaptée. Je peux travailler au petit bonheur la chance – avec l’aide de ma bonne étoile, j’arriverai quelque part.

Avec un peu de malchance, j’y arriverai après avoir perdu beaucoup de temps. Avec un peu plus de malchance, je tournerai en rond jusqu’à épuisement.

Il n’est pas de vent favorable à celui qui ne sait pas où il va.

Sénèque

Particulièrement pour un travail de longue haleine tel que la préparation d’une thèse, il est important d’avoir des objectifs mensuels, hebdomadaires, quotidiens.

Voici une méthode de visualisation pour organiser vos tâches afin d’atteindre vos objectifs dans les meilleures conditions. Vous restreindrez considérablement les risques d’éparpillement. Cette technique est particulièrement efficace si vous manquez d’organisation.

Etape 1 : la fin que vous voulez atteindre

Choisissez un carré de papier d’une couleur donnée (disons: rose) notez votre objectif final. Par exemple : terminer mon chapitre méthodologie le  31 octobre à 13h.

Il faut que l’objectif final soit aussi précis que possible. Pour ce faire, vous pouvez vous aider de la méthode des objectifs SMART.

Etape 2 : les objectifs intermédiaires qui mènent à la fin voulue

Sur d’autres carrés (roses ,par exemple), notez les grands objectifs à réaliser pour atteindre votre objectif le jour J. Un objectif intermédiaire, un carré.

En haut à droite, placez l’objectif final que vous voulez atteindre à la fin du semestre, par exemple (donnez-vous une échéance concrète).

Puis déroulez le travail à faire en partant de la fin: quel objectif intermédiaire devez-vous avoir accompli pour atteindre cet objectif final? Placez-le en-dessous de lui.

Et puis continuez : quelle objectif intermédiaire devez-vous accomplir pour atteindre l’objectif qui précède? Placez le carré immédiatement en-dessous. Et ainsi de suite.

Vous avez donc une colonne de carré de papier roses comportant les étapes (chaque étape étant un objectif intermédiaire) à parcourir pour atteindre l’objectif final.

Pourquoi dérouler le programme à faire par la fin?

Parce que pour chaque objectif, vous vous demandez ce que vous devez absolument réaliser auparavant pour pouvoir l’atteindre. Il arrive souvent, dans un travail aussi complexe qu’une recherche doctorale, qu’on oublie des points cruciaux; on ne s’en aperçoit qu’au moment de réaliser une tâche.

Etape 3 : la détermination des tâches nécessaires pour réaliser chaque objectif intermédiaire

Une fois établie la liste des étapes principales à atteindre, vous pouvez faire la liste des tâches à accomplir pour réaliser l’objectif intermédiaire 4.

Utilisez une autre couleur.

A nouveau, faites le travail à reculons. Placez à gauche de l’objectif intermédiaire 4 la tâche à réaliser pour atteindre cet objectif 4. Et à gauche de ce carré, ce qu’il faut faire afin de pouvoir réaliser la tâche précédente.

  • Vous pouvez jouer avec les couleurs : ici, j’utilise l’orange pour les tâches déjà réalisées (par exemple, les tableaux sont faits), le vert pour ce qui est à faire (les tableaux doivent être analysés).
  • Vous pouvez aussi noter  le temps que vous estimez pour réaliser la tâche correspondante sur chaque carré de papier. Il arrive qu’on sous-estime la durée d’un travail. On croyait qu’il durerait une heure, et il prend la journée. Le fait de noter la durée estimée pour une tâche vous permet de vérifier le réalisme de votre planning. Et de le corriger si vous  constatez en cours de route que vous avez besoin de plus de temps que prévu.

Utilisez du papier brouillon plutôt que des post-its

  1. Si vous avez des réticences à gaspiller du papier, voyez dans votre labo: il y  a sûrement du papier à recycler.
  2. Si vous êtes un esprit perfectionniste, le papier brouillon sera plus facile à manier que du beau papier qui invite à inscrire des idées parfaites. :  en effet,  il faut être bien conscient que l’idée ne naît pas parfaite d’emblée, mais que la perfection résulte de nombreuses tentatives et perfectionnements.
  3. Si vous ne disposez pas de feuilles de couleurs, prenez du papier blanc et utilisez des feutres de couleurs différentes afin de distinguer les tâches les unes des autres (une couleur, un type de tâche).

En bref : utiliser du papier brouillon n’est pas seulement un geste pour la planète : c’est, pour des esprits perfectionnistes, un excellent stimulant pour forger des idées qui ne seront pas parfaites d’emblée. 

Notez des dates butoir pour les objectifs

Afin d’avoir une bonne gestion du temps, notez des dates butoir pour les objectifs (carrés roses). Ensuite, notez les dates butoir des tâches à accomplir pour les 3 à 5 premières : inutile de tout dater, car il vous faudra sans doute revoir votre calendrier.

Dans votre planification, gardez toujours 30% du temps disponible pour les imprévus : ainsi, en cas d’imrprévu, vous n’aurez pas l’impression désagréable de ne pas avoir fait ce que vous aviez décidé. Et si rien d’imprévu n’arrive, vous pourrez toujours prendre de l’avance sur votre programme.

Les avantages de cette technique de visualisation

Vous avez une bonne vue d’ensemble sur toutes les tâches à réaliser

  • Il se peut qu’entretemps vous constatiez que vous aviez oublié une tâche, ou qu’une nouvelle idée vous vienne. Ajoutez-la.
  • Il se peut que vous constatiez qu’une des tâches prévues est superflue. Ou irréalisable dans le temps imparti. Retirez-la.
  • Peut-être aurez-vous envie d’intervertir deux tâches. Alors, faites-le.
  • Si une tâche, aussi passionnante soit-elle, ne mène à aucun objectif, laissez-la de côté (quitte à y revenir plus tard, lorsque vous aurez le temps). Ainsi vous réduisez drastiquement le risque d’éparpillement.

N’hésitez pas à expérimenter. Si vous avez différentes options, testez-les toutes et photographiez chacune, afin de pouvoir choisir la meilleure.

Vous distinguez l’indispensable du secondaire

Ce qui vous permet de décider si une information, une expérience, une tâche en général est nécessaire ou non est le contexte dans lequel elle s’inscrit. Avec des objectifs concrets, il est plus aisé de vérifier la nécessité ou non d’une tâche : vous aide-t-elle à atteindre votre objectif? Si la réponse est non, vous pouvez la mettre de côté. Si elle est difficile à mettre de côté parce que passionnante, souvenez-vous que vous pourrez toujours y revenir lorsque vous aurez du temps.

Si au contraire la réponse est oui, sa place est probablement sur votre tableau.

Sans objectif, il est plus ardu de distinguer l’essentiel du superflu. Les tâches, les informations, les textes sont plus ou moins tous au même niveau, et une hiérarchisation des priorités difficile. D’où, alors, un risque d’éparpillement pour le doctorant.

Vous pouvez facilement dresser les priorités de la semaine

L’éparpillement peut aussi découler d’un manque de priorités. Avec cette technique, une fois toutes les tâches à accomplir dans le mois sur la liste, vous pourrez décider de la manière dont vous organiserez votre travail pendant les semaines à venir : quel est le carré qui constitue la priorité de la semaine? Ce peut être le rose comportant l’objectif intermédiaire 1.

Mais ce peut être aussi  être une seule tâche. Disons que je m’intéresse à la ligne du bas (graphique ci-dessus) où deux tâches sont réalisées (ce sont mes tableaux); je sais que les commenter va me prendre 15 heures. Donc donc je me donne la réalisation d’un carré vert (commenter mes tableaux) comme priorité de la semaine.

Attention cependant : priorité ne veut pas dire forcément que je ne vais faire que ça. Je peux très bien finir ma tâche en deux jours et me donner ensuite une autre priorité. Priorité veut juste dire : en toute première place. C’est ce que je veux absolument avoir réalisé cette semaine (par exemple).

Vous pouvez regrouper vos tâches autour de grands objectifs

L’éparpillement est d’autant plus épuisant qu’il entraîne une perte d’information : on oublie beaucoup de choses d’une semaine à l’autre. Le fait de travailler autour de grands objectifs, c’est-à-dire de regrouper les tâches autour de grands thèmes, permet de garder en mémoire les informations d’une lecture à l’autre, d’une tâche à l’autre. Vous gagnez donc en temps et en énergie. 

Vous avez un programme de travail flexible

L’une des difficultés en thèse est que les agendas sont remplis et que, pour beaucoup de doctorants,  chaque jour, vos horaires de travail changent. Or arriver au bureau sans savoir concrètement ce que vous allez faire, sachant que vous avez des dizaines sinon des centaines de choses à faire, est une des motifs de la procrastination : ne sachant par où commencer, vous remettez la décision à plus tard, après le café, après la consultation de votre messagerie, etc. Si vous avez un programme de ce type, vous pouvez plus facilement décider de ce que vous allez faire dans la journée.

Mieux encore : en cas d’imprévu – et en thèse, les imprévus sont foison – vous disposez de moins de temps que prévu pour travailler. Mais vous avez quand même une petite heure. Alors vous pouvez choisir une tâche prenant une petite heure – ou décider de la scinder afin de vous en occuper partiellement.

Cette technique est aussi utile aux papillons

Certains travaillent de manière linéaire, allant du début jusqu’à la fin.

D’autres au contraire ne peuvent travailler qu’en papillonnant, butinant un jour ici, l’autre là, rédigeant une partie du chapitre 1 un jour, travaillant sur le chapitre 4 le lendemain. 

Dans les deux cas, cette technique vous aidera à garder la maîtrise de votre travail.  Si vous êtes papillon, vous pouvez choisir dans les tâches de la semaine celle que vous voulez réaliser dans la journée, selon le temps dont vous disposez, selon votre humeur du moment, selon votre inspiration.

Bref : vous disposez de votre liberté, tout en ayant un cadre. Vous butinez sans vous éparpiller.

Une astuce pour vous motiver

Lorsque vous avez achevé une tâche, ne la jetez pas telle quelle : réservez une colonne intitulée Terminé sur votre espace!

Chaque fois que vous terminez une tâche, placez-y le carré de papier correspondant.

Cette action a plusieurs fonctions : Vous prenez conscience des avancées de votre travail. Or cette prise de conscience est fondamentale lorsqu’on mène un travail de longue haleine telle qu’une thèse : on tend plutôt à considérer ce qui reste à faire que le chemin accompli. Voir cet espace se remplir met du baume au cœur et motive à continuer.

Aussi, chaque fois que vous placez un carré dans l’espace Terminé!!!, fermez les yeux, inspirez profondément et auto-félicitez-vous. Cette auto-félicitation est particulièrement importante pour ceux et celles qui tendent à l’autoflagellation à chaque fois qu’un objectif n’est pas atteint, ou pas assez bien, ou pas assez vite.

Ces autoflagellations n’apportent rien, minent le moral et découragent.

Les autofélicitations, au contraire, font du bien et motivent à continuer. Faites le test pendant une semaine! 

En conclusion

Pour réussir votre thèse dans une économie de temps et de moyens, il vous  limiter les risques d’éparpillement. Certes, le risque zéro n’existe pas. Mais en ayant  une stratégie de travail appropriée, qui tienne compte de vos obligations et des aléas de la vie, vous les réduisez considérablement.

Le premier pas consiste à définir un objectif, puis à réfléchir au meilleur moyen pour l’atteindre.

Ce faisant, vous baliserez le chemin qui vous mènera au résultat escompté. Vous avancerez alors de balise balise – et si vous décidez de changer de balise, ou d’objectif, cela résultera de votre décision consciente.

C’est à vous!

Postez un commentaire ci-dessous pour partager vos expériences concernant cette technique!

  • 26/09/2019

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