Les joyaux de votre thèse

les joyaux pour rédiger sa thèse

Une thèse est un coffre rempli de joyaux. Pourtant, certaines ressemblent plutôt à des coffres vides. Ce qui fait la valeur du travail effectué est flou. Cet article vise à vous encourager à montrer vos joyaux.

Avez-vous déjà assisté à une soutenance de thèse où le jury demande, vers la fin : quelle est la nature de votre contribution? Cette question ne devrait pas avoir à être posée. Elle devrait sauter aux yeux dès la lecture du titre, dès la lecture du résumé de thèse – et bien sûr de l’introduction, du sommaire, de la conclusion… et dans le texte.

Ce qui fait la valeur de la thèse, cette fameuse contribution, aura une nature différente selon la discipline et selon le travail effectué. Ce qui fait la valeur d’une thèse, c’est bien sûr le sérieux et la rigueur du travail. Mais aussi, et surtout, ce qui la distingue d’autres travaux sur le même sujet. Appelons-la les joyaux de la thèse.

Si le jury est obligé de poser la question de la contribution à la fin de la soutenance, c’est que le candidat n’a pas réussi à faire valoir ses joyaux, ni même à les rendre visibles. C’est dommage.

Il y a de nombreuses raisons expliquant l’absence de joyaux visibles dans une thèse. En voici quatre, qui sont les plus récurrentes parmi les celles que je rencontre dans mes ateliers d’écriture pour doctorants.

Et nous allons voir ce qu’on peut faire pour éviter ces écueils.

Quand l’indifférence bloque l’écriture

Une recherche sans passion

Gédéon a vécu son parcours doctoral sans grand émoi. Il a abordé sa thèse comme un job : il commençait le matin à 8h, il quittait le labo le soir à 17h – ces chercheurs qui passent leurs nuits et le week-end au labo, très peu pour lui. Il avait entamé cette recherche sur la demande de son chef. En contrepartie de quoi il accèderait au poste de ses rêves.

Gédéon avait fait ses recherches sérieusement. Il fallait maintenant boucler la chose en rédigeant sa thèse – quelle que soit la qualité de ma thèse, j’aurai mon titre. Et j’aurai le poste. Cette thèse, je vais vite l’expédier.

Mais le « vite » a… vite posé problème : Gédéon ne parvenait pas à rédiger. Certes, il voulait le poste promis, c’était ce qui le motivait – cependant, la motivation pour écrire lui faisait défaut. Et il ne savait pas pourquoi. Désemparé, il est venu me voir.

Au cours de l’entretien, il a commencé par se plaindre : il ne s’attendait pas à ce que rédiger sa thèse soit aussi difficile. A peine s’asseyait-il à son bureau qu’il était pris d’une irrésistible envie de dormir. Il lui arrivait de ne pas toucher à son manuscrit des jours durant. La simple idée de s’asseoir à son bureau l’angoissait et, certains jours, il ne se levait pas du tout. Je ne me reconnais pas. Pourtant, je ne suis pas un paresseux, je suis efficace, normalement !

Les joyaux dictent la dramaturgie de la thèse

Le problème de Gédéon semblait grave. Comment le motiver à écrire?

– Quels sont les joyaux de ta thèse?

–  Les quoi ? Je fais une thèse en mécanique, moi, y’a pas de joyaux, répondit-il, visiblement énervé.

–  Parle-moi de ta recherche. Qu’est-ce que tu as fait ?

Au fur et à mesure qu’il parlait de ses recherches, son visage s’illuminait. Il a fallu quelques questions seulement pour l’amener à prendre conscience de l’importance de ses réalisations – en d’autres termes : il commençait à voir ses joyaux. La dramaturgie de sa thèse devenait visible.

Gédéon est en train de finir sa thèse. La rédaction a été fluide. Mieux : il se levait le matin en pleine forme, impatient de se mettre au travail. Je ne me reconnais pas. L’écriture n’a jamais été mon truc. Mais là, j’y prends vraiment plaisir. C’est motivant de prendre conscience de tout ce que j’ai fait, et de le partager !

Quand la modestie jette un voile sur les joyaux

Il y a une catégorie de gens qu’on rencontre partout : les modestes. Ils ne veulent pas se faire remarquer, ils ont peur de passer pour prétentieux s’il leur prend de se mettre sous les projecteurs. On leur a toujours appris que le sérieux et la qualité sont silencieux, voire ternes. Hélas, ils ne s’aperçoivent pas du tort que leur modestie cause à leur travail, quand elle ne le sabote pas carrément.

Gertrude est de ceux-là. Elle ne veut pas accorder une grande importance à ses découvertes. Quand je lui demande : qu’est-ce qui, dans ta thèse, te rend fière ?, elle sourit, gênée. En réalité, Gertrude est fière de sa modestie. Car on lui a dit que le vrai scientifique ne brille que par ses réalisations. Mon travail parle de lui-même, je n’ai pas à en être fière.

Gertrude cultive la modestie d’autant plus passionnément que le chouchou du directeur, Gégé (abréviation de Grande Gueule, son surnom au labo) est un prétentieux, toujours à plastronner, alors que son travail, de l’avis de tous – sauf du DT, à qui il lèche les bottes – est creux.

Gertrude, tu n’es pas une grande gueule et tu veux te démarquer autant possible des frimeurs. Ta modestie t’honore. Mais elle ne doit pas pour autant te condamner à dissimuler les joyaux de ta thèse. Ni à minimiser l’importance de ton travail. Sinon, ton copain Gégé s’en appropriera – et on ne pourra même pas l’accuser de plagiat, puisque tes joyaux, tu les auras cachés ! Tu peux rester modeste sans pour autant devoir cacher tes joyaux – non ?

Quand on a honte de ne pas voir ses joyaux

Il arrive parfois qu’on ait tellement ce qu’on appelle le nez dans le guidon qu’on ne voit pas ce qu’il y a de plus éclatant dans son travail. C’est le cas de Gasparde. Elle peine à voir l’originalité de  son travail. Tout ce qui dans sa thèse précieux, unique, original, lui semble d’une banalité triste à pleurer. Pourtant, au labo, tout le monde s’accorde à dire que l’originalité de sa recherche ne fait aucun doute.

Le problème pour Gasparde, c’est qu’elle a honte de ne pas se déceler ce qui fait l’originalité de son travail. Sans doute que je n’en sais pas encore assez, je manque donc de recul pour juger. Il faut que je lise encore! se dit elle en ouvrant un nouvel article…

Non, Gasparde, arrête de lire, tu as assez lu. Demande plutôt à tes collègues, à ta directrice, de t’éclairer : il est impossible de s’éclairer soi-même, tu sais ? Il n’y a pas de honte à ne pas voir les joyaux dans ta thèse. Il faut pour ce faire prendre du recul. Ce recul, tu ne l’as pas parce que tes joyaux, à force de les voir tous les jours, ne brillent plus pour toi. Mais les autres, eux, les trouvent éclatants. Interroge les gens autour de toi au lieu de t’enfermer dans ta honte.

Ma thèse est un échec!

Souvent, le chercheur ne voit pas ses joyaux… parce qu’il s’attendait à autre chose. Parce que les objectifs fixés n’ont pas été atteints. Parce qu’il a le sentiment douloureux d’avoir échoué.

C’est le cas de Saïd, doctorant en physique. Participant à un atelier d’écriture pour doctorants, il a demandé à me parler en privé : Ma thèse est un échec !, dit-il au bord des larmes.

Il était désespéré : sa bourse, liée à son visa, arrivait à échéance à la fin de l’année. Un poste l’attendait dans son pays, à l’université – mais il était bien sûr conditionné par un doctorat. Et bien sûr, il était inimaginable pour Saïd de rentrer au pays sans son doctorat.

Il m’a fait le récit de sa thèse, étape par étape : tout ce qu’il avait tenté avait échoué. Aucun objectif n’avait été atteint. Quand je lui ai demandé si ces échecs lui avaient appris quelque chose, il a répondu par l’affirmative. Ben oui, énormément de choses, bien sûr ! Et quand je lui ai demandé si ce qu’il avait appris pourrait intéresser des chercheurs dans son domaine, il a encore une fois répondu par l’affirmative.

Au fur et à mesure de la discussion, il est apparu que tous ces flops, comme il les appelait, étaient importants et méritaient d’être traités dans sa thèse. Que tous ces échecs pouvaient être considérés comme des joyaux. Si vous voulez en savoir plus sur cette discussion, regardez cette vidéo.

Votre thèse est un écrin pour vos joyaux

Votre thèse est un écrin qui n’a qu’un objectif : mettre en valeur vos joyaux. Ne rendez pas un écrin vide, comme tant d’autres – ce serait trop dommage. Prenez le temps d’identifier les joyaux dans votre thèse. Car ce sont eux qui intéressent vos lecteurs. Si vous ne les voyez pas, interrogez votre entourage. Mais ne vous mettez pas en tête que vous n’avez pas de joyaux à montrer.

Prendre conscience de vos joyaux et les faire valoir n’est pas un signe d’immodestie. Prenez conscience de la valeur de votre travail et rendez-la visible !

A vos joyaux !

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