Trois erreurs fréquentes dans les écrits scientifiques

Cet article vous explique comment éviter des oublis qui régulièrement motivent les refus d’articles – ou de thèses.  

L’implicite et le presque rien

Que voyez-vous ci-dessous?

©Jim87

Sans doute voyez-vous trois cercles incomplets et un triangle blanc. Pourtant, si vous y regardez de plus près, vous constaterez qu’il n’y a pas de triangle dessiné. Ce triangle est le produit de votre cerveau : l’esprit a horreur du vide. A partir de fragments connus, le cerveau crée une forme connue et vraisemblable – en l’occurrence, un triangle.

Quel rapport avec l’écriture?

Si le cerveau réagit de cette manière avec des formes, il réagit de la même manière avec du texte. En d’autres termes, si un texte est fragmentaire, truffé d’allusions implicites, de points de suspension invitant le lecteur à compléter lui-même…  le cerveau du lecteur complètera, plus ou moins consciemment. Le lecteur créera son propre triangle – en l’occurrence, son propre récit. Et risquera de mal comprendre l’auteur.

Nombreux sont les textes scientifiques, thèses ou articles soumis (et refusés) qui souffrent de ce type de lacune. Aussi, ne courez pas ce risque et prenez quelques précautions.

Quelles sont les trois erreurs les plus courantes dans les écrits scientifiques (soumis mais refusés)?

© Baillou

Un objectif absent ou confus

Faire silence sur l’objectif de la recherche effectuée – ou présenter un objectif tellement vague, qu’il n’en es pas un (objectif souvent vu : contribuer à une meilleur compréhension du sujet ; il faut dire en quoi consiste cette contribution, cette amélioration – c’est de la nature de la contribution qu’émergera l’aspect original de votre travail.

Certains doctorants, lorsqu’ils rédigent leur thèse ou un article, omettent de mentionner l’objectif parce qu’il est tellement évident pour eux qu’ils n’y pensent pas. D’autres au contraire ne le mentionnent pas parce qu’ils n’en ont pas – ou bien encore  parce qu’ils ne sont pas sûrs de l’atteindre.

Un lecteur pressé cherchera en premier lieu à connaître l’objectif du texte proposé. Aidez-le en présentant votre objectif dans une phrase simple contenant un des mots-clés qu’il cherchera pour le repérer (objectif, but ou les équivalents en anglais).

Voici un exemple d’objectif trouvé dans une thèse – une formulation à éviter absolument :

Si celle-ci, dans sa totalité, présente en elle-même un centre d’intérêt important pour notre analyse, étant donné sa taille et son évolution historique, notre objectif est avant tout de mettre en parallèle son ou ses idées sur la fonction du roi de Prusse en les confrontant avec d’autres écrits contemporains, historiques, personnels et romanesques.

Comprenez-vous l’objectif en une seule lecture? Sans doute que, comme moi, vous avez dû le relire – à moins que vous n’ayez eu envie d’abandonner le texte d’emblée.

D’abord, la phrase est beaucoup trop longue (54 mots). Au-delà de 25 mots, une phrase est difficile à comprendre. Celle qui présente l’objectif devrait se limiter à 25 mots maximum, quelle que soit la discipline. Ceci est vrai aussi bien pour le français que pour l’anglais.

Ensuite, cette phrase ne se limite pas à l’objectif : elle présente certes celui-ci (mettre en parallèle son ou ses idées sur la fonction du roi de Prusse ) avec les moyens utilisés pour l’atteindre (en les confrontant avec d’autres écrits contemporains, historiques, personnels et romanesques) et la motivation (Si celle-ci, dans sa totalité, présente en elle-même un centre d’intérêt important pour notre analyse, étant donné sa taille et son évolution historique).

D’autre part, cette phrase n’est pas indépendante. Pour comprendre l’objectif de cette thèse, il faut lire la phrase précédente à laquelle “celle-ci” se réfère. La phrase de l’objectif doit être indépendante, c’est-à-dire compréhensible sans qu’il faille lire ce que précède.

On peut aussi remarquer que l’objectif présenté est confus à deux égards (au moins) :

  • notre objectif est avant tout sous-entend qu’il consiste en plus que ce qui est dit, donc qu’il est pluriel (et donc qu’il ne s’agit pas d’un, mais de plusieurs objectifs). La phrase de l’objectif doit présenter l’objectif final de la thèse. S’il y en a plusieurs, voyez lequel précède les autres, lequel découle des autres. Que diriez-vous d’un objectif tel que mon objectif est avant tout de visiter Paris (sous-entendu : mais aussi Marseille et Rome? Ou bien Versailles et Orsay?). Evitez les sous-entendus, que le lecteur risque de remplacer par son propre triangle.
  • mettre en parallèle son ou ses idées : à ce stade, le candidat devrait savoir s’il va se limiter à une idée ou à des idées.

Bref, en multipliant les possibilités et les sous-entendus, le doctorant dit avant tout manquer de confiance en soi – ou en son travail.  Quel lecteur a envie de passer du temps avec un auteur qui va sans doute constamment brouiller les pistes pour ne pas prendre position?

Un texte dont l’objectif est clair est plus motivant à lire qu’un texte à l’objectif confus (ou absent). Plus : un objectif clair est plus aisé à atteindre qu’un objectif vague. Vous vous aidez vous-même dans la rédaction de votre thèse et de vos articles en fixant des objectifs clairs à vos textes.

Pour résumer : présentez un objectif clair et précis dans une phrase de 25 mots maximum et qui ne mentionne que lui. Le contexte, les étapes intermédiaires sont peut-être intéressants. Dans ce cas, consacrez-leur d’autres phrases.

L’originalité du travail est invisible

© Thomas Söllner

Peut-être avez-vous déjà assisté à une soutenance de thèse où, à la fin, le jury demande quelle est la nature de votre contribution? ou En quoi consiste l’originalité de votre travail?

C’est une question qu’il ne devrait pas avoir à poser.

L’originalité de votre thèse, son importance, la nature de votre contribution devraient être visibles d’emblée. Or nombreux sont les doctorants, timides ou peu sûrs d’eux, champions dans l’art de camoufler tout ce qu’il y a d’original, de personnel, d’intéressant dans leur thèse – laquelle tient davantage de la compilation d’œuvres déjà existantes que d’un travail personnel et original. Ceci est vrai aussi pour les articles.

Donc : mettez en exergue l’aspect novateur de votre travail. Ecrivez-le noir sur blanc. Mentionnez-le en un lieu stratégique, afin qu’un lecteur pressé qui ne lirait pas tout le texte la voie quand même.

Mieux encore : répétez la phrase exposant l’aspect novateur de votre travail. Par exemple dans l’introduction, dans la conclusion, dans le résumé de thèse, si possible dans le titre de la thèse. Et bien sûr dans le titre de la section qui le développe.

Si vous utilisez des illustrations, profitez-en pour mettre en évidence votre contribution : un lecteur qui commencera par feuilleter le manuscrit regardera d’abord les illustrations. Qu’il voie immédiatement pourquoi votre travail est intéressant à lire.

Car si votre travail mérite d’être publié, lu, défendu, c’est bien parce qu’il apporte quelque chose de neuf par rapport à ce qui existe déjà. S’il se contente de résumer ce que d’autres ont déjà dit sans aucun ajout, il est inutile.

Même si votre texte est une revue de littérature : il ne se contente pas de résumer les positions des uns et des autres. De votre revue émergent des questions, des conclusions – ce sont elles qui font l’originalité et l’importance de votre travail.

Attention : il ne s’agit pas de rédiger une thèse qui va révolutionner votre domaine. Il s’agit peut-être uniquement d’apporter une pierre à la construction d’un édifice. Cette pierre est la vôtre. Elle mérite d’être mise en valeur. D’être vue. C’est elle qui intéresse le lecteur. C’est à cause d’elle qu’il va sacrifier son précieux temps à vous lire. Alors, ne jouez pas à cache-cache avec lui. Montrez-lui ce qu’il cherche.

Les arguments ne mènent à aucune conclusion

© Pict Rider

Certains doctorants, lorsqu’ils rédigent leurs thèses,  développent de longues chaînes d’arguments sans jamais tirer de conclusion.

Ceci peut-être parce qu’ils considèrent leurs arguments si évidents qu’ils jugent une conclusion superflue.Ils pensent sans doute que tout lecteur tirera la même que lui.

Mais encore une fois, tout ce qui est implicite va inciter le lecteur à produire son propre triangle – et peut-être que les conclusions qu’il tirera ne seront pas identiques à celles de l’auteur. D’où le risque de malentendus.

D’autres ont peur de se mettre en avant : en effet, en concluant, on prend position, donc on prend des risques. En laissant le lecteur tirer les conclusions à sa place, l’auteur produit un travail inachevé. C’est inacceptable. Il en revient à l’auteur d’aller au bout de son argumentation et d’avoir le courage de ses conclusions. Un futur docteur se doit de pouvoir prendre position et d’étayer ses arguments – et d’entendre, aussi, qu’il s’est peut-être trompé.

Si vous n’êtes pas sûr(e) de vous, si vous avez peur d’avancer des conclusions qui risqueraient de déclencher une polémique, servez-vous des moyens que la langue met à votre service : par exemple utilisez le conditionnel, formulez vos conclusions sous forme d’hypothèse (peut-être que …), montrez que vous êtes conscient du fait que ce n’est pas la seule possible. Mais tirez une conclusion.

© MBN

Dans l’article Comment construire une argumentation solide, vous voyez qu’une argumentation a un début et une fin.

Ne pas tirer de conclusion, cela revient à laisser la chaîne ouverte :

Vous voyez immédiatement que cette image est incomplète – que ce  travail n’est pas fini. Veillez à donner une fin à vos textes.

Pour conclure

Votre lecteur est quelqu’un comme vous : il a une pile de textes à lire et de tâches à exécuter. Il n’a pas le temps de lire et de relire pour chercher entre les lignes ce que vous ne dites pas clairement. Il partira de ce que vous lui direz pour construire un récit – son propre triangle.

Si vous ne serez jamais sûr de ce que votre lecteur comprendra affectivement, vous pouvez néanmoins diminuer le risque d’être mal compris en prenant quelques mesures : écrivez clairement votre objectif – dans une phrase courte (25 mots maximum), claire et aisée à identifier; mettez en évidence la nature de votre contribution. Et tirez des conclusions à la fin d’une chaîne d’argumentation.

En guise d’entraînement : si vous ne le faites pas déjà, lorsque vous lisez un article, commencez par chercher l’objectif du texte, la nature de sa contribution et les conclusions de l’auteur.  C’est à vous !

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  • 22/10/2017

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