Une technique pour vous approprier l’information scientifique

Gertrude est en troisième année de thèse. N’ayant pas le temps de tout lire, elle se limite à souligner ce qui semble important dans un article qu’elle range ensuite dans un classeur. Au moment de rédiger, elle recopie les phrases surlignées, les place soigneusement entre guillemets, citant ses sources.  Hélas ! Très vite son directeur lui reprochera de citer des idées mal à propos. Pire : de ne pas avoir compris les auteurs qu’elle cite. Comment lui avouer, non pas qu’elle ne les a pas compris, mais qu’elle ne les a même pas lus ? Gertrude qui pensait travailler sérieusement s’aperçoit soudain de la vacuité de son savoir. Comment résorber ses lacunes, maintenant qu’elle a commencé à rédiger sa thèse, et que le temps passe à grande vitesse ?

Traiter la littérature scientifique est un challenge : la densité d’informations et leur complexité ralentissent la progression. On est obligé de lire et relire plusieurs fois avant de comprendre – et souvent on a l’impression d’avoir tout oublié après quelques semaines.

Cet article vous présente une technique productive pour vous approprier l’information. Elle consiste à résumer l’essentiel avec vos propres mots.

L’erreur à éviter

L’erreur que font la plupart des lecteurs c’est de lire sans faire de pause. Or on ne peut pas en même temps lire, comprendre, avoir une lecture critique et mémoriser un contenu nouveau. Aussi est-il important de divisser la lecture de textes scientifiques en phases de lecture – je l’appellerai input – et phases de traitement de l’info – output. Schématiquement :

  • Lecture (input)
  • Récapitulation de l’information (output) soit en écrivant, oralement, mentalement ou à l’aide d’un schéma
  • Lecture de vérification si besoin

et à nouveau

  • input
  • output
  • vérification, etc.

Une technique efficace pour traiter un texte complexe

Voici un exercice pour récapituler l’information par écrit. Choisissez, pour commencer, un texte d’une à deux pages que vous ne connaissez pas.

Input
  • Survolez le texte
  • Relisez-le, cette fois avec attention (sans surlignage ni prise de notes : à ce stade, vous ne pouvez pas décider de ce qui est important. Lire sans stylo vous obligera à une lecture concentrée).
Output
  • Cachez le texte afin de ne pas être tent(é) de le lire
  • Prenez une feuille à l’horizontale, divisez-la en deux – 2/3 à gauche, 1/3 à droite – (voir ci-dessous).
  • Notez dans la partie gauche de la feuille rapidement tout ce que vous en avez retenu; si vous avez un trou, notez « je ne me rappelle pas, je ne me rappelle pas , je ne me rappelle pas … » jusqu’à ce que vous trouviez à nouveau quelque chose à écrire ; si vous ne trouvez plus le mot juste, écrivez celui qui vous vient à l’esprit. L’essentiel est que vous écriviez ce que vous avez retenu. Ecrivez rapidement, sans jamais regarder le texte lu !
Vérification

Reprenez le texte que vous avez lu. Relisez-le avec attention et notez dans la marge de droite les corrections, des citations, ou complétez des passages manquants.

Le temps consacré à la phase input variera selon la difficulté du texte, votre état de concentration, votre intérêt pour le sujet traité.

Au bout de 40-45 minutes (au grand maximum), faites une pause : il est inutile de vous forcer à lire alors que vous ne pouvez plus absorber d’information.

Une fois votre résumé terminé, pensez à vous l’approprier, soit en le racontant à quelqu’un, soit en vous le récitant à haute voix ou intérieurement.

Les bénéfices de l’alternance input/ouput

En alternant les phases passives (input) et les phases actives (output), vous mettez fin aux longues lectures rébarbatives qui le sont parce que vous vous imposez un rythme de travail impossible à tenir.

  • Vous mettez fin à la lecture passive.
  • Vous reformulez un texte avec vos propres mots. C’est plus facile à faire que si vous gardez le texte sous les yeux. En effet, vous ne tombez pas dans la tentation de recopier, puisque vous ne voyez pas l’original.
  • Vous avez un résultat tangible entre les mains : c’est toujours motivant de voir les résultats de ce qu’on fait.
  • Vous vous appropriez un contenu : tant que ce n’est pas reformulé par vous, que ce soit par écrit ou oralement, voire avec un schéma, le contenu vous demeure extérieur et partant, étranger.
  • Vous contrôlez la bonne compréhension du texte lu. Il arrive qu’à la première lecture, on croie avoir compris. Or, ce qu’on comprend avant tout, c’est soit ce qu’on connait déjà, soit des informations imples. Le fait d’écrire ce qu’on a retenu permet de délester l’esprit, plus ouvert alors à ce qui est neuf, complexe, ou aux détails.
  • Vous vous concentrez sur l’essentiel : vous ne pouvez pas tout retenir. Avec de l’exercice, vous vous entrainerez à trier les idées importantes et à laisser le reste de côté.
  • Vous entraînez votre mémoire. Plus vous vous entraînerez à récapituler des contenus, meilleure sera votre capacité à mémoriser.

Attention : si vous voulez reformuler un texte avec vos propres mots, veillez à reformuler, pas uniquement à réécrire la phrase en en changeant l’ordre des mots. !

Je vous invite à appliquer cette technique pour les passages importants. Certes, au début, ça peut sembler laborieux. Mais avec de la pratique, vous verrez que vos capacités de mémorisation et de synthèse s’amélioreront. Pourquoi ne pas tester cette technique pendant une semaine? Consacrez 30 minutes par jour à la lecture d’un texte – ou d’un passage – intéressant en alternant lecture et écriture. Vous constaterez vite une amélioration de la qualité de vos lectures et de vos capacités rédactionnelles à la fin de la semaine.

Commencez sans plus tarder!

Bon travail!

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  • 20/03/2017

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