Vous arrive-t-il de regarder votre planning de la semaine avec la sensation angoissante de ne pas avoir de créneau pour votre thèse ? Entre les réunions, l’école et le quotidien, vos meilleures heures sont phagocytées par des tâches exigeant peu de concentration.. Et le peu de temps qui reste pour écrire tombe systématiquement quand votre cerveau est en mode ‘veille’.
L’horloge biologique : un chef d’orchestre
Ca peut sembler une lapalissade : vous avez besoin d’un excellent niveau de concentration lorsque vous rédigez votre thèse.
Et pourtant, au vu du nombre de doctorants qui rédigent leurs thèses – ou plutôt qui essaient, à grand’peine – aux moments de la journée où ils sont le moins performants, il me semble qu’il faille le souligner : votre niveau de concentration n’est pas constant au fil de la journée.
Il connaît des hauts et des bas, car il obéit à un rythme, comme, d’ailleurs, toute l’activité de votre organisme.
Or ce rythme est dicté par un ensemble de mécanismes biochimiques et physiologiques : l’horloge biologique.
Elle rythme nos activités sur 24 heures.
C’est parce qu’il y a horloge biologique qu’on dort à certaines heures et pas – ou mal – à d’autres, qu’on a faim à certains moments et pas à d’autres – qu’on peut travailler de manière concentrée à certains moments et pas à d’autres.
Et comme c’est l’horloge biologique qui dicte le rythme, certains la comparent à un chef d’orchestre.
Horloge biologique & auto-sabotage
Vouloir agir au mépris de sa propre horloge biologique, c’est se condamner à une cacophonie semblable à celle de l’orchestre qui se joue de son chef : beaucoup de bruit, beaucoup d’agitation – peu de résultats.
Certes, il n’est pas toujours possible de respecter votre horloge biologique, en raison de contraintes sociales, familiales et professionnelles.
Néanmoins, quand c’est possible, tenez-en compte lorsque vous établissez votre plan de travail et notamment celui de la rédaction de la thèse : encore une fois, votre niveau de concentration évolue tout au long de la journée.
Projeter d’écrire un chapitre ardu à l’heure où vous avez normalement un coup de pompe constitue une perte de temps : vous avez du mal à réfléchir, vous vous laissez distraire par n’importe quoi, vous peinez à avancer.
Sans compter le sentiment de frustration qui en découle. Et, à terme, une perte de confiance en soi.
En revanche, en période de rédaction de thèse, consacrer l’heure à laquelle vous êtes particulièrement en forme à vos réseaux sociaux préférés, si ça arrive régulièrement, relève de l’auto-sabotage.
Bureau le matin, rédaction le soir : histoire d’un autosabotage
Gertrude, qui rédige sa thèse, est au sommet de sa forme entre 7h du matin et midi.
Pour se financer, elle travaille le matin comme assistante dans un bureau.
Ce n’est pas un travail qui lui demande une grande concentration.
Cependant, lorsqu’elle rentre chez elle vers 15h, elle est KO.
Elle a besoin de quelques heures pour se reposer.
Et quand enfin elle a du temps pour sa thèse, il est 17h, et sa concentration n’est décidément pas maximale.
Alors elle travaille, mais elle voit bien qu’elle progresse lentement – et que la qualité de ce qu’elle écrit est en deçà de ce qu’elle est capable de produire.
Lors d’une séance de coaching, je lui demande : est-il possible d’aller au bureau l’après-midi et de travailler sur ta thèse le matin?
Aussitôt dit, aussitôt fait, elle échange les horaires avec une collègue.
Ô surprise, elle travaille efficacement, rédige chaque matin plusieurs pages, rédige de manière fluide, et surtout : ce qu’elle écrit lui semble plutôt bon.
Et le travail de l’après-midi lui semble moins éreintant que le matin.
« J’ai l’impression d’avoir plus de temps! »
J’ai rencontré Gertrude hier matin.
Voici ce qu’elle m’a dit.
Quand j’arrive au bureau, l’après-midi, j’ai l’esprit libre : j’ai accompli la grosse tâche « thèse » de la journée.
Je me rends compte maintenant combien le fait d’avoir à rédiger ma thèse après la matinée au bureau m’occupait l’esprit pendant que je travaillais. C’était comme une grosse pierre que je trainais avec moi.
Je savais qu’en rentrant chez moi le plus dur allait commencer. Commencer, mais pas finir.
Maintenant, au contraire, non seulement ce poids a disparu quand j’arrive au bureau l’après-midi… mais en plus, le soir, je suis contente, ma journée est vraiment finie.
Et, tu sais quoi? Souvent, le soir, je m’autorise à sortir pour voir des amis ou aller au cinéma. J’ai l’impression d’avoir plus de temps depuis que je consacre ma matinée à la rédaction!
Trois solutions pour transformer votre horloge biologique en alliée de votre thèse
Pourquoi ne pas mettre votre horloge biologique au service de votre thèse, au lieu de batailler contre elle? Voici trois solutions pour ce faire.
1. Identifiez votre chronotype personnel
Ne luttez pas contre votre nature ! Êtes-vous plutôt « alouette » (productivité matinale), « hibou » (créativité nocturne) ou entre les deux ?
Observez pendant 3 jours vos pics d’énergie naturels.
Planifiez ensuite votre tâche de thèse la plus exigeante durant votre période de vigilance maximale. Les tâches administratives attendront les moments de moindre énergie.
Vous n’êtes pas sûr de connaître votre chronotype ?
Pendant quelques jours, tenez un journal en vous aidant du tableau ci-dessous. Vous serez rapidement en mesure de dresser un bilan de l’état de vos facultés aux différents moments de la journée. Ne vous effrayez pas d’y voir figurer toutes les heures du jour et de la nuit : il ne s’agit pas de toutes les essayer, mais bien sûr de ne remplir que les cases des heures de veille.

Si vous remarquez que vous faites les tâches les plus difficiles au moment où vous êtes au plus bas de la forme, modifiez votre emploi du temps autant que possible.
2. Créez des blocs thématiques
Un rythme en alternance
Votre cerveau fonctionne selon un cycle d’éveil et de repos fondamental, connu sous le nom de Basic Rest-Activity Cycle (BRAC). Ce rythme dit ultradien, d’une durée de 90 à 120 minutes, régit vos niveaux de vigilance. Concrètement, une période d’environ 90 à 120 minutes de haute vigilance est naturellement suivie d’une phase de baisse d’énergie, où le corps a besoin de récupération.
Aussi, travailler par blocs alignés sur ce rythme permet de maximiser votre concentration pendant les pics et de recharger vos batteries pendant les creux.
Exemple pratique : comment structurer vos blocs
Voici comment vous pouvez organiser votre journée de thèse en synchronisation avec ces cycles.
| Période et cycle | Type d’énergie | Activité |
| Matin (Pic circadien) | Concentration maximale, pensée analytique | Écriture, analyse de données, résolution de problèmes complexes |
| Tranches de 90 min (Pic ultradien) | Focus profond et créativité | Travail exigeant et sans interruption : rédaction, lecture approfondie. |
| Après une session de 90 min | Énergie basse, besoin de récupération | Pause de 10-20 min : étirements, marcher, reposer vos yeux |
| Après-midi (Creux circadien) | Vigilance réduite | Tâches simples : relecture, classement, mise en forme, administration |
En structurant ainsi votre temps, vous travaillez avec votre biologie, et non contre elle. Cette méthode permet de maintenir un niveau de performance élevé tout en évitant la surcharge mentale et l’épuisement
3. Videz-vous la tête
Particulièrement si vous êtes parent et professionnel – en plus de faire une thèse -, chaque minute semble comptée.
Néanmoins, planifiez des moments où vous videz la tête – 30 minutes par jour idéalement. Ce sont des moments où vous n’avez aucune activité intellectuelle. Vous pouvez aussi bien jouer avec vos enfants, les baigner, marcher ou étendre le linge.
Ce temps permet à votre cerveau d’assimiler les informations, de faire des connexions inconscientes et de recharger votre énergie cognitive.
C’est souvent dans ces moments que les meilleures idées émergent !
4. Quels bénéfices retirez-vous d’un travail aligné sur votre horloge biologique?
Parmi les nombreux bénéfices que vous pourrez retirer d’un rythme de travail respectant votre horloge biologique, en voici quatre.
- Vous gagnez l’équivalent d’une demi-journée de travail par semaine sans effort supplémentaire.
- Vous terminez votre thèse plus rapidement en travaillant moins longtemps – et plus efficacement.
- Vous retrouvez l’enthousiasme dans votre travail de recherche : vous progressez au lieu de vous épuiser.
- Vous partagez des moments de qualité avec vos proches sans culpabiliser.
Conclusion
En adoptant ces stratégies basées sur vos rythmes biologiques naturels, vous ne planifiez plus seulement votre travail – vous harmonisez vos efforts avec le fonctionnement même de votre corps et de votre cerveau. Autrement dit : vous rendez sa baguette au chef d’orchestre.
Travailler avec votre horloge biologique plutôt que contre elle n’est pas une simple optimisation, mais un changement de paradigme indispensable pour exploiter le temps disponible tout en préservant votre équilibre.
Comme le démontre Daniel Pink dans son ouvrage Le bon moment – La science du parfait timing, cette approche peut augmenter votre productivité jusqu’à 30% tout en réduisant significativement la sensation de fatigue.
Respecter votre horloge biologique est bien plus qu’une simple gestion du temps : c’est un cadre respectueux de vos ressources cognitives et physiques, particulièrement précieux lorsque vous cumulez les responsabilités de parent, de professionnel et de doctorant.
En écoutant les signaux de votre corps et en organisant votre travail autour de vos pics d’énergie naturels, vous transformez votre relation au temps et à l’effort intellectuel.
En bref : la productivité durable ne consiste pas à en faire plus, mais à faire mieux – au bon moment.


Merci Martha de nous aider à débroussailler nos idées pour une rédaction dignement accomplie.
Avec plaisir, Crépin! Je vous souhaite une bonne continuation!
Merci Martha, encore un excellent article pour nous aider à optimiser notre rédaction.
Nathalie
Avec plaisir, Nathalie!
🙂
Votre article sur horloge biologique m’éclaire beaucoup : oui, c’est vrai, on peut en faire l’alliée de sa thèse au lieu de sa rivale. Je travaille à recharger mes batteries régulièrement,après un burn out dû à zéro pause et un mépris total de ma fatigue. Merci!