Lire la littérature scientifique en thèse : sept erreurs typiques à éviter

Lire la littérature scientifique vous stresse? C’est normal. Les techniques de lecture apprises jusqu’ici sont insuffisantes pour préparer une thèse. Sans méthodologie appropriée, on commet des erreurs. Voici les plus typiques – les connaissez-vous?

Lire la littérature scientifique en thèse est une gageure : la peur de passer à côté d’une information importante, la volonté de gagner du temps, et l’angoisse face à la montagne de textes à lire complique la tâche. Votre lecture est lente, vous relisez le même passage plusieurs fois, vous perdez le fil en cherchant des mots nouveaux.

Tout lire du début jusqu’à la fin

Quand vous voulez lire la littérature scientifique, souvent vous voulez tout lire, du début jusqu’à la fin.

C’est un excellent moyen pour vous décourager : vous lisez du matériel certes intéressant, mais ne répondant pas à vos besoins du moment.

Et comme il ne répond pas à vos besoins, et comme l’information est dense, très vite la concentration décline.

Pendant que vos yeux se déplacent sur le texte, votre esprit est ailleurs.

Vous devez relire le même passage, parfois plusieurs fois.

Vous vous épuisez.

Et la pile de textes à lire augmente à la Vitesse V.

Et l’angoisse avec.

Tout ce qui a été publié sur votre sujet n’est pas d’égale importance pour vous, et, dans un seul texte, tout ce qu’il contient n’est pas forcément important en ce moment.

Une lecture efficace est une lecture sélective.

Laissez de côté ce qui ne correspond pas à vos besoins.

Vouloir tout lire

Au vu de la masse de littérature qui paraît quotidiennement, vouloir tout lire est impossible.

C’est d’ailleurs proprement inutile : car dans ce qui se publie, la grande majorité des articles et des livres, même s’ils sont en lien avec votre sujet – ce qui est encore à vérifier – ne contiennent pas forcément des informations utiles pour votre propre thèse.

Il y a des textes majeurs – ce sont des textes de référence, des textes clé, qu’il faut absolument avoir lus et compris.

Il y en a qui apportent des compléments, des nuances, quelques détails : il est bon de les connaître.

Il en est beaucoup qui sont inutiles pour les besoins de la thèse.

D’où l’intérêt de définir vos besoins lorsque vous voulez lire la littérature scientifique.

lire la littérature scientifique Bacon

Sauter de référence en référence

Lire la littérature scientifique peut faire peur : la crainte, notamment, de rater une information importante, conduit à un comportement dangereux.

Car, quand on a peur, on ne réfléchit pas (bien).

L’émotion peut même vous conduire à faire des erreurs : par exemple, on a tellement peur de passer à côté d’une information importante, ou de ne pas comprendre quelque chose dans le texte, que très vite, on va … abandonner le texte, justement.

Une note apparaît en bas de page avec une référence intéressante?

Hop, on ouvre la référence et on se met à la lire.

Ici, on trouve une autre référence en note?

Hop, à nouveau on abandonne le texte pour ouvrir la nouvelle référence.

Et ainsi de suite.

A forcer de jeter un coup d’œil aux références sur lesquelles s’appuie le texte, on se disperse, on perd le fil… 

D’où la peur encore plus grande de ne pas tout comprendre, de ne pas tout lire.

Sentiment d’urgence.

Stress.

Epuisement.

Le serpent se mord la queue.

Sauter de référence en référence, c’est confier sa recherche à l’aléatoire : ce n’est pas vous qui décidez de ce que vous lisez.

Vous confiez au hasard de ce que vous trouvez en notes en bas de page la direction que va prendre votre recherche.

Lire la littérature scientifique peut faire peur, au point de provoquer des comportements qu’on pourrait qualifier, sinon d’irrationnels, en tous cas dépourvus de raison.

Entreprendre une recherche bibliographique présuppose une bonne préparation.

Une prise de décision.

Si on change de décision tout le temps – ou pire, si l’on s’embarque sans décision aucune – alors c’est la porte ouverte au stress, à l’angoisse, et à l’impression bien fondée de ne pas maîtriser ses recherches.

Ne sautez pas de référence en référence sans besoin.

Ou plutôt : commencez par définir vos besoins.

Lire sans faire de pauses

La densité d’informations contenue dans un texte scientifique est telle qu’il est impossible de tout lire, tout comprendre, tout retenir si on lit l’article (ou le livre) d’une traite.

Il arrive un moment où vous devez digérer ce que vous avez lu. Aussi, au lieu de lire et de relire plusieurs fois un passage, alternez les phases de lecture avec des phases de récapitulation (écrite, mentale, ou orale).

Cette alternance vous permet de vérifier ce que vous avez vraiment retenu, de corriger si besoin, et surtout de reposer votre esprit : vous ne pouvez pas absorber de l’information à l’infini sans faire de pauses pour, disons, la digérer.

L’objectif de la récapitulation est, justement, de digérer l’information absorbée.

Dans ces moments de récapitulation, vous changez d’attitude : vous êtes actif.

Cette attitude peut être accompagnée d’un changement d’attitude corporel :

  • Fermez les yeux si vous récapitulez le texte mentalement : ils pourront ainsi se reposer.
  • Changez de position : vous pouvez marcher si vous récapitulez oralement ou mentalement, ou vous allonger – ou vous lever si vous écrivez, par exemple.

Souvenez-vous que la position debout présente de nombreux avantages. Et que bouger active la circulation – et donc l’irrigation de votre cerveau!

Vous perdre dans les détails

Beaucoup, lorsqu’ils lisent la littérature scientifique, veulent tout de suite tout comprendre.

Ils butent sur des détails, qui souvent sont des mots nouveaux ou des informations qu’ils ne connaissent pas, par exemple – qu’ils ne connaissent pas, mais qui ne sont pas indispensables à connaître à ce stade.

Alors ils font des recherches pour comprendre les détails.

Mais comment comprendre les détails quand on n’a pas d’abord compris et assimilé les grandes idées du texte?

Lorsque vous lisez la littérature scientifique, il faut d’abord identifier les idées principales avant de vous intéresser aux détails. Sinon, vous risquez de vous perdre.

Et puis, avant de vous intéresser aux détails, demandez-vous si vous en avez vraiment besoin.

Il y a bien sûr des noms, des chiffres, des faits que vous devez connaître et mémoriser.

Mais sûrement pas tous.

Quels sont ceux dont vous avez besoin pour atteindre votre objectif?

Quels sont ceux que vous pouvez ignorer dans un premier temps au moins pour l’atteindre?

Là encore, il s’agit de prendre des décisions.

lire la littérature scientifique  Lichtenberg

Pour pouvoir prendre des décisions, il faut savoir où on va.

Sinon, tout est d’importance égale.

Et alors le chemin se couvre d’obstacles.

Décidez du cap à donner à votre lecture avant de commencer à lire.

Soyez actif : prenez des décisions au fur et à mesure que vous lisez – ne subissez pas votre texte!

Croire aveuglément tout ce qui est écrit

Ce que font beaucoup de doctorants, c’est copier-coller des bouts de texte sans même se demander si ce qu’ils copient est correct, partant de l’idée que, si c’est publié, c’est que c’est vrai.

Et beaucoup, surtout en début de thèse, se laissent bluffer par un langage obscur ou précieux (si je ne comprends pas, c’est que ce doit être profond).

Car il faut être conscient qu’il y a du bluff, parfois – en sciences comme ailleurs.

Et puis, il y a des intérêts, qui souvent jouent un rôle important : cherchez à savoir qui finance une recherche donnée – les résultats peuvent être biaisés pour satisfaire un financeur.

Enfin, il faut garder  à l’esprit que derrière tout texte il y a un être humain, avec ses émotions, ses doutes, ses convictions, sa manière de voir les choses – qui peut différer de la vôtre.

Emotions, convictions, positions qui vont l’amener à interpréter des résultats, à , tirer des conclusions qui leur sont propres.

C’est ce qui fait la richesse de la science.

C’est ce qui rend aussi un regard critique indispensable : ne prenez pas pour argent comptant tout ce qui est publié.

Confrontez les textes les uns avec les autres, soyez actif, interrogez les textes.

Faites confiance à votre intuition : si à la fin d’une lecture, vous ressentez quelque chose qui vous dérange, prenez ce dérangement au sérieux.

Vous ne savez pas toujours immédiatement ce qui l’a provoqué – mais en tous cas, il n’est pas anodin.

Souvent, en formation, lorsqu’on travaille sur ce sentiment de dérangement, sa cause se fait jour.

s’était écrié- M., lors d’un atelier d’écriture.

Le texte est si bien écrit, que je le trouvais convaincant. Pourtant, à la fin de ma lecture, j’avais une impression étrange. En faisant l’exercice de lecture critique, j’ai compris pourquoi : il y a une contradiction entre les faits et leurs interprétations, mais comme c’est tellement bien écrit, je ne l’ai pas remarquée de prime abord. Je n’en reviens pas!

Martin, lors d’un atelier d’écriture pour doctorants

Lire sans vous fixer une limite de temps

Avoir un article ouvert pendant des jours sur votre ordinateur, c’est déprimant, décourageant – et inefficace.

Entre deux lectures, vous oubliez beaucoup d’informations de ce que vous aviez lu.

Ce qui vous oblige à relire des passages qui ne sont pas forcément intéressants pour vos besoins, juste pour vous remettre dans le bain.

Et puis, en général, une tâche qui s’éternise est une tâche à laquelle on a de moins en moins envie de s’attaquer.

Ce qui par conséquent va la faire traîner davantage.

Si vous avez tendance à la procrastination, le time boxing peut vous aider.

Vous aider à commencer.

Et vous aider à finir.

En effet, en vous donnant une limite de temps, vous voyez la fin du tunnel.

Or il est plus facile de s’engager dans un tunnel quand on voit la lumière au fond, que quand on avance dans les ténèbres.

Si vous avez l’impression que la lecture de votre texte va vous prendre des dizaines d’heures, rien ne vous empêche de découper votre lecture en laps de temps plus brefs.

Vous pouvez par exemple vous donner une limite de 40 minutes pour lire.

Si au bout de ces 40 minutes, vous ressentez le besoin de lire encore, vous pouvez vous donner un nouveau laps de temps – un time box – à la suite ou pour le lendemain (attention : plus vous attendre avant de reprendre le texte, plus vous risquez d’oublier des informations!

Tâchez de poursuivre votre lecture dans les 24h qui suivent, et, si ce n’est pas possible, prenez au moins quelques minutes le lendemain pour relire vos notes (car vous avez, bien sûr, pris des notes de lecture, n’est-ce pas?).

L’objectif du time boxing est de découper une grosse tâche dont on ne voit pas le bout en tâches faisables en moins d’une heure. pour trouver ce que je cherche, vous progresserez plus rapidement.

Et si, au bout des 40 minutes, vous constatez qu’il vous faut plus de temps, rien ne vous empêche de vous donner un nouveau laps de temps.

Le plus difficile est de commencer.

Le time boxing vous y aide.

Et, si 40 minutes vous semblent au-dessus de vos forces, commencez par vous donner moins de temps – et quand bien même ce ne seraient que 10 minutes : en dix minutes, vous pouvez déjà survoler le texte, en repérer la structure, et vous faire une première idée du contenu.

Et décider si vous voulez lire le texte – et si oui, quelles parties.

Car encore une fois, il n’est pas toujours nécessaire de lire la totalité du texte.

Pour conclure : une stratégie efficace est nécessaire pour lire la littérature scientifique de manière efficace

Lire la littérature scientifique en thèse exige une stratégie efficace.

Vous avez besoin de savoir où vous allez.

Vous avez besoin de prendre des décisions.

Vous devez avoir une lecture active.

En aucun cas vous ne devez avoir une lecture passive qui vous amène à subir vos textes.

En aucun cas vous n’avez le droit de confier vos recherches au seul hasard.

Certes, le hasard fait – parfois – bien les choses.

Mais confier votre recherche au seul hasard est dangereux.

Votre thèse, c’est vous qui la menez à bien.

Pour aller plus loin

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